La vie commence ici – Marianne Trudel

Marianne TrudelSorti le 14 octobre 2014

La pianiste montréalaise Marianne Trudel est une artiste très en demande, faisant partie de nombreux projets comme accompagnatrice mais aussi comme compositrice. Ses influences, surtout jazz, touchent aussi au classique voire à la musique du monde. C’est avec ce riche bagage que l’artiste et ses musiciens présentent La vie commence ici, mettant en vedette la présence de la trompettiste Ingrid Jensen qui s’ajoute au «Marianne Trudel 4».

L’album, entièrement instrumental, est présenté comme étant très accessible à un public néophyte. C’est assez vrai, d’autant plus que les premières écoutes rappellent immédiatement de fortes influences de l’esthétique scandinave : douce, mélodique et très axée sur le piano. Autour de cela s’ajoutent diverses ambiances qui amènent l’auditeur ailleurs. La présence du saxophone et, bien sûr, de la trompette, contribue grandement à ces ambiances.

Notamment, on débute l’opus sur Questions, une pièce très lente et un tantinet mystérieuse (elle doit bien mériter son nom, après tout). Elle fait figure d’introduction, mais on passe rapidement à autre chose sur Deux soleils, à tendance plus classique, surtout au début. De quoi rappeler certaines compositions de Ludovico Einaudi. Peu à peu les instruments d’ajoutent au piano solo pour lui donner enfin sa véritable énergie. Quelques bons solos se font entendre, dont la contrebasse, sans toutefois aller dans l’extravagant. La pièce se termine finalement comme elle a commencé, avec Marianne Trudel qui met un point final plus léger.

Soon vient juste après. Plus berçant dans sa mélodie, ce sont les «brass» qui ont la vedette cette fois. À travers les 8 minutes de la compo, plusieurs gros solos se font entendre, dont le plus significatif est certainement celui de la trompettiste invitée : on quitte alors la douceur relative de la mélodie pour une explosion de notes et de virtuosité. Le solo de la pianiste, quant à lui, ramène le tour à cette musicalité et si on n’est pas attentif, on pourrait ne même pas réaliser que c’est une improvisation. Décidément une des pièces incontournables de cet album.

La pièce-titre La vie est ici ne laisse aucun doute : une grande portion de la composition opte pour une sonorité très proche de l’Esbjörn Svensson Trio, surtout la première moitié avec seulement le piano, la contrebasse et la batterie qui se répondent dans une groove subtile et mystérieuse. L’arrivée du sax et de la trompette ne font qu’ajouter à ce mystère, voire se transformer un peu en chaos à l’occasion.

Après l’interlude In the centre, plutôt expérimentale, la seconde moitié d’album débute avec À l’abri. Là-dedans, les ambiances varient beaucoup tout en demeurant dans un registre plutôt smooth jazz, mais c’est surtout le saxophoniste Jonathan Stewart qui a la vedette ici avec quelques mélodies langoureuses particulièrement efficaces dans la seconde moitié de la pièce.

Une autre pièce qui aurait pu être écrite par le défunt E.S.T. : Urge. La construction est si semblable que s’il n’y avait pas eu la présence des vents à différents moments, j’aurais sérieusement eu des doutes sur la provenance de cette pièce, surtout dans la première moitié de la composition de la Montréalaise, où les trompette/sax  n’occupent que très peu d’espace. En avançant dans la pièce, d’autres influences semblent aussi se greffer, ajoutant à la richesse musicale de Urge.

Les musiciens se gâtent sur Le vent est une chance (le titre vous donne une idée de quels musiciens sont appelés à prendre de la place ici), mais ne marqueront pas nécessairement les esprits avec cette pièce. Le début de Night heron aussi, qui semblait prendre une tangente «imitons le bruit d’un héron avec nos instruments», ce qui a peut-être trop été fait dans le jazz. Heureusement, une vraie mélodie a fini par se dessiner pour en arriver à quelque chose de plus constant, et intéressant à l’oreille, à partir de 1 minute 30. Et c’est finalement sur Choral que l’album se termine. Après les titres plus corsés qu’on vient d’entendre, on finit le tout sur une note sereine et en douceur.

À part quelques exceptions telles que mentionné, l’album La vie commence ici se laisse aisément savourer. Il s’adresse avant tout aux amateurs du jazz scandinave, aux influences plus qu’évidentes dans l’enregistrement, mais n’est pas difficile d’accès du tout à ceux qui s’initient encore doucement au jazz. Les amateurs de vents devraient aussi être servis, avec deux très bons musiciens qui peuvent aisément jouer dans tous les registres abordés ici. Les auditeurs «négligés» de cette nouvelle sortie sont probablement ceux qui aiment quelque chose de plus «intense» musicalement. Impossible de plaire à tous, mais Marianne Trudel et ses musiciens ont tout de même un très bel opus devant eux qui vaut le détour.

À écouter : Soon, Urge, Choral

8/10

Par Olivier Dénommée

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