Hommage à Dave Brubeck – Rémi Bolduc Jazz Ensemble

Rémi Bolduc Hommage BrubeckSorti le 16 février 2015

Le nom de Dave Brubeck, légendaire jazzman décédé en 2012, n’a plus besoin de présentation. Ce pianiste a influencé plusieurs jeunes générations de pianistes, mais aussi de compositeurs, à travers le monde. Le saxophoniste Rémi Bolduc a choisi, pour son huitième album, de rendre hommage à ce grand qui a été parmi les pionniers des chiffrages inhabituels.

Pour réaliser cet hommage, Rémi Bolduc s’est entouré de grosses pointures du jazz québécois : François Bourassa (piano), Fraser Hollins (contrebasse) et Dave Laing (batterie). Tous les éléments étaient en place pour recréer, en 2015, l’énergie du Dave Brubeck Quartet.

L’album débute en force sur le classique Rondo à la Turk, tiré de l’album Time Out. Une version assez fidèle à l’originale se fait entendre, avec des sonorités très proches de l’enregistrement de 1959, mais avec la qualité sonore d’aujourd’hui. La ressemblance en est troublante; même en écoutant les deux versions une après l’autre, les différences sont généralement assez minimes. Quelques autres pièces, mais pas toutes, restent très proches de l’énergie originale, comme Everybody’s Jumpin’ ou Three to Get Ready.

Sur Far More Blue, Rémi Bolduc prend plus de place que dans la version originale, donnant même un petit cachet plus bluesy à la mélodie que sur la version du Dave Brubeck Quartet. Les solos sont aussi particulièrement convaincants ici, notamment celui de François Bourassa. Somme toute, une belle version redynamisée de la composition de 1961. Sur Charles Matthew Hallelujah, Rémi Bolduc nous propose une version allongée de la pièce (près du double de la durée!), où les solos explosifs s’enchaînent. Les quatre musiciens ont leur moment de gloire, mais le vertigineux solo du saxophoniste montréalais mérite une écoute toute particulière.

Bluette est déjà une très belle composition de Brubeck; la version du Rémi Bolduc Jazz Ensemble n’en est que plus berçante encore, sauf durant le solo de sax qui nous brasse un peu. Une pièce feutrée comme celle-ci laissait entendre toutes les imperfections sonores lors de l’enregistrement original. Cette fois, on a droit à quelque chose d’impeccable et tellement plus agréable à l’oreille.

Un hommage à Dave Brubeck ne peut avoir lieu sans l’iconique Take Five, composée par le saxophoniste du Quartet, Paul Desmond. Cette pièce a été si souvent reprise que c’est toujours un défi d’offrir une version originale. Rémi Bolduc et ses musiciens ont tenté une version un peu allongée, notamment avec l’ajout d’une introduction semi-ambiante. Si la plupart des autres versions proposées par l’ensemble sont assez convaincantes, c’est peut-être moins le cas pour Take Five, bien qu’il y ait plusieurs bonnes idées dans cette version allongée de deux minutes. Le solo de Dave Laing est parmi les bons éléments.

On nous offre aussi une version plus énergique de In Your Own Sweet Way, conservant quand même le début doux en piano solo. La version de Rémi Bolduc de The Duke, (composition en hommage au pianiste Duke Ellington) est aussi fort entraînante, sans en mettre trop.

La dernière piste de l’album a quelque chose d’exceptionnel : c’est la seule qui n’est pas une composition de Dave Brubeck ou d’un membre de son groupe. Le standard All the Things You Are, composé par Jerome Kern, a notamment été repris par Brubeck en 1952 avec une version énergique mais mélodique. Rémi Bolduc tente, un peu comme pour Take Five, de faire une version qui lui est propre. Le résultat est intéressant, mais pas tout à fait ce qu’il y a de plus accrocheur. Une autre pièce aurait peut-être été plus appropriée pour avoir le dernier mot de l’Hommage à Dave Brubeck.

Rappelons-le, les quatre musiciens qui ont enregistré l’album sont de vieux routiers qui savent exactement ce qu’ils font. La technique sur l’album est irréprochable, et certaines reprises nous confirment que le quatuor a mis le temps de s’imprégner de l’énergie de Dave Brubeck et de ses musiciens. La plupart des versions proposées ici sont aussi, sinon plus intéressantes que les originales, avec en plus une qualité d’enregistrement de loin supérieure. Une belle occasion de redécouvrir Brubeck, avec la perspective légèrement différente que propose le Rémi Bolduc Jazz Ensemble.

À écouter : Rondo à la Turk, Bluette, The Duke

7,8/10

Par Olivier Dénommée

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s