Highways, Heartaches and Time Well Wasted – Lisa LeBlanc

Lisa Leblanc HighwaysSorti le 4 novembre 2014

Retour en arrière, jusqu’à l’éponyme Lisa LeBlanc. «J’ai hâte d’entendre comment elle va donner suite à son dernier album!» Je sais pas pour vous, mais son premier record sorti en mars 2012 était venu me chercher par sa correspondance avec notre morosité générale mise au jour par le printemps érable. Les textes, qui pouvaient faire sourire, jetaient pourtant un regard désabusé sur la mollesse et l’inertie pathétiques de plusieurs archétypes tristes (le pas-d’ambition, le pilier de taverne, la dépendante affective). Avec des titres comme Cerveau Ramolli, Câlisse-moi là ou Aujourd’hui ma vie c’est d’la marde, ses paroles crues et senties nous crachaient une misère amère en pleine face.

À l’opposé du premier disque, celui-ci, lancé le 4 novembre 2014 au Théâtre Corona, est en fait un demi album contenant des titres exclusivement anglophones. Lisa LeBlanc ne s’est fait connaître qu’en septembre 2010 lors du 42e Festival international de la chanson de Granby. On pardonnera donc la jeune artiste, car après avoir écouté les 6 chansons aux parfums de western spaghetti (elle revenait d’un road trip aux É-U qui a alimenté sa composition), vous en redemanderez (du spaghetti).

On entame l’écoute avec un son plus rentre-dedans que tout ce que vous pensiez connaître de la jeune acadienne. You Look Like Trouble (But I Guess I Do Too) nous garde attentifs avec une structure pas tout à fait conventionnelle : d’abord le calme et l’histoire, l’escalade, puis le calme, une montée rapide, puis l’escapade déchaînée. Si les paroles nous pèsent moins qu’avant, la grosse caisse, elle, impose un rythme pesant mais entraînant.

Pas amateurs de défoulement vocal et instrumental? La suite, plus sobre, vous gardera en haleine tout de même.

Katie Cruel, reprise d’une chanson folklorique américaine (d’une probable origine écossaise : Licht Bob’s Lassie), a un air d’aller me rappelant cette scène de gigue dans Back to the future III. Les couplets et refrains ont cette forme peu changeante où une ou deux lignes reviennent sans cesse et rythment le tout. à Intéressante performance live de Katie Cruel et de La danse du Mardi Gras chez un brocanteur. Ou celle-ci, pour ExclaimTV.

On continue de descendre la coche de l’énergie sonore avec The Waiting List. Le flot continue des paroles suivant imprécisément la découpe rythmique nous noie dans une sorte de tourbillon tranquille. Les mesures en 6 donnent une dynamique qui berce. Ici encore un lent crescendo d’intensité remplit peu à peu l’espace et les oreilles.

Highways, Heartaches and Time Well Wasted est un morceau instrumental qui nous plonge par sa mélodie sifflée dans un rêve de plat pays, de cheval de fer et de cowboys. Calme et vaporeux, presque onirique, ce morceaux vous fera presque halluciner Sergio Leone.

Attachez votre chapeau de paille avec de la broche à poules parce que Gold Diggin’ Hoedown est agité, roulant, voire frénétique. L’énergie de la chanteuse me rappelle ici une Pascale Picard dans ses moments rock.

Aussi apaisante que The Waiting List sans rien de lancinant, Race Track commence avec une mélodie de guitare complimentée par une Lisa LeBlanc qui nous présente son registre aigu avec une certaine douceur mais avec sa présence fière habituelle. Vous serez surpris, voire choqués d’un accès subit de colère de la batterie qui vient ponctuer cette chanson autrement sans grand relief, mais à mon humble avis magnifique.

Bref, un album court et pas français mais qui coule bien. Une maturité musicale désaltérante et toujours ancrée dans notre Lisa LeBlanc nationale. Pour ne pas manquer le bateau du booking, Mlle LeBlanc aura mis le cap sur l’anglais et suivi le courant folk américain. On aura l’impression d’avoir mis avec elle les voiles vers les É-U et les roots qui imprègnent sa musique. Dans la même vague, le son des maritimes aura cependant pris le large.

[Dans cette performance live de Lisa LeBlanc au studio 12 de Radio-Canada, vous pouvez la voir interpréter ses 6 nouveaux titres, mais dans le désordre.]

Vous pouvez aussi écouter l’album sur la page Bandcamp de l’artiste.

À écouter : You Look Like Trouble (But I Guess I Do Too), Race Track

7,5/10

Par Raphaël Côté

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