CHRONIQUE : Visite enlevante de Vadim Gluzman chez I Musici

Vadim Gluzman Photo: Marco BorggrevePar Olivier Dénommée

Il et probable que vous n’ayez jamais entendu son nom auparavant. Pourtant, le violoniste et chef d’orchestre israélien Vadim Gluzman cumule les prestigieux concerts depuis plusieurs années avec les grands orchestres de ce monde : le Chicago Symphony Orchestra, le London Philharmonic Orchestra, l’Israel Philharmonic Orchestra… et le 9 avril dernier, il a dirigé I Musici de Montréal pour son concert «Old Style».

Bien qu’inconnu pour moi aussi avant ce concert, j’ai vite réalisé le potentiel de l’artiste, marchant d’un pas sûr au milieu de ces musiciens, et dirigeant les musiciens tout en jouant de son instrument. Un Stradivarius datant de 1690, rien de moins. Même dos à son orchestre, on avait l’impression qu’il arrivait à leur communiquer avec autant d’intensité que s’il brandissait une baguette.

La thématique Old Style est basée sur la première œuvre interprétée en soirée : Suite dans le style ancien d’Alfred Schnittke (1934-1998). Cette suite en cinq mouvements offre une alternance de morceaux lents et rapides, dans des sonorités qui s’apparentent effectivement à l’époque classique. On dit d’ailleurs qu’il faut une oreille assez attentive pour déceler des notes qui n’auraient pas pu passer il y a 300 ans. Soit ces notes sont trop subtiles, soit l’interprétation était trop enlevante pour qu’on y porte vraiment attention. C’était un premier contact pour moi avec Schnittke, mais certainement pas le dernier.

Après «l’imitation» classique, la véritable référence : deux œuvres de Mozart se sont ensuite enchaînées en milieu de concert, avant et après l’entracte. Avec un violoniste comme chef d’orchestre, il n’était pas surprenant d’entendre le Concerto pour violon no 3. On a aussi eu droit à Agadio et fugue en do mineur, pièce qui a semblé trop courte; on n’a pas eu le temps de pleinement la savourer!

En conclusion du concert, de retour au contemporain : on a eu droit à du Chostakovitch (1906-1975), reconnu pour sa musique cinématographique. Pour l’occasion, I Musici a interprété sa Symphonie de chambre, dramatique à en donner des frissons. Cette musique aurait été composée à l’origine pour un film traitant du fascisme. Ayant vécu le siège de Leningrad, cela n’a pas dû être difficile pour le compositeur de s’inspirer pour l’œuvre, à l’origine un quatuor à cordes. Notez aussi que Vadim Gluzman est lui-même originaire de l’ex-Union soviétique. Avec I Musici, il a offert une interprétation particulièrement intense et chargée en émotions, qui s’est d’ailleurs mérité une vague d’applaudissements à travers la salle Bourgie du Musée des Beaux-Arts. L’orchestre de chambre a tout de même été gentil pour ajouter une dernière pièce, courte, pour ne pas nous laisser sur l’intensité dramatique de la Symphonie de chambre. La finale était son parfait contraire : légère et dansante. Cela nous a permis de quitter avec le sourire après une soirée pluvieuse.

Il est très rare qu’I Musici ratte son coup en invitant des musiciens de talent de partout à travers le monde. L’invitation de Vadim Gluzman a été concluante et a offert une autre belle soirée de découvertes classiques.

Les prochains concerts d’I Musici sont prévus en mai avec la thématique «Independant Voices», mettant en vedette le violoniste Mark Fewer. Vous pouvez d’ailleurs vous informer ici sur ce qui attend.

(Crédit photo : Marco Borggreve)

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