Rêve éveillé – Cordâme

Cordame Reve éveilléSorti le 11 mars 2014

Avec son album Rêve éveillé, le projet Cordâme, de Jean Félix Mailloux, accomplit un bel exploit : convaincre le pianiste François Bourassa de participer à l’enregistrement d’un album. Enregistré en live, l’opus frôle les frontières du jazz, du world et du classique, pour un résultat particulièrement réussi.

Cordâme, groupe essentiellement centré autour des cordes, est d’une extrême polyvalence : en show, il change de taille sans problème, passant aisément des sept musiciens sur l’album à une formation trio (piano, violon, contrebasse), comme les 10 et 11 avril derniers. Le tout, sans rien sacrifier du sens de la mélodie et de la richesse musicale. Sur album, pourtant, on a aussi droit à de la batterie, du violoncelle, de la harpe et de la clarinette pour ajouter aux textures.

C’est tout en douceur que Réunion nous initie à ce nouveau son. Titre basé sur l’île (de la Réunion (ils ont insisté là-dessus en show)), on a droit à une musique légère et ensoleillée. C’est la violoniste Marie Neige Lavigne qui est en contrôle de la mélodie, alternant entre le pincement des cordes (pizzicato) et le frottement avec l’archet. En cinq minutes, on a droit à une légère montée en énergie, sans changer complètement de registre.

Le voyage musical nous transporte en Europe de l’Est avec la festive Calliope. Ce côté klezmer s’entend dans plusieurs mélodies jouées à la clarinette un peu partout dans l’album, sans être aussi marqué que dans Calliope. Quant à Osiris, on nous emmène vers une construction plus classique, avec des mélodies que semblent s’échanger les instrumentistes. L’arrivée de la percussion apporte ensuite une groove plus moderne à l’ensemble, qui gagne subtilement en intensité jusqu’à la dernière montée : les 40 dernières secondes deviennent particulièrement intenses. D’autres compositions aux techniques «classiques» peuvent s’entendre un peu partout au fil de l’album, dont La danse des lucioles, où on se perd dans les diverses mélodies qui s’entrecroisent.

On s’adoucit drastiquement avec le très planant Jardin aquatique. Très minimaliste dans l’instrumentation, on assiste essentiellement à un trio entre contrebasse (Jean Félix Mailloux), piano (François Bourassa) et batterie (Isaiah Ceccarelli). D’autres instruments peuvent être entendus, mais très brièvement et en arrière-plan, jusque dans les deux dernières minutes (sur plus de sept), où les cordes se mettent vraiment de la partie. Une performance live a aussi prouvé que c’était possible de faire une très belle version avec seulement piano et contrebasse.

Anne offre une certaine mélancolie, notamment avec envoûtante mélodie au violon. Une autre pièce assez douce qui mérite attention : La route de la soie. Le pizzicato est à l’honneur, sur un rythme léger et presque dansant.

En spectacle, Jean Félix Mailloux a admis avoir un grand respect pour le compositeur de musiques de film Ryūichi Sakamoto. Il lui rend hommage avec Dans la tête de M. Sakamoto, un pièce effectivement très cinématographique, empreinte de sensibilité. À écouter les yeux fermés. Dans la même veine, Vancouver est une des pièces incontournables de l’opus. Même le solo reste dans le très mélodique. Seule la batterie aurait pu être un peu moins intense, quoique cette intensité rajoutait de la texture à cette musique et n’a pas miné l’expérience auditive. D’ailleurs, la version jouée en live sans batterie a gardé ce côté envoûtant, mais n’avait effectivement pas la même drive sans percussions.

Vient ensuite la pièce-titre Rêve éveillé. De retour dans un registre plus mystérieux, cette pièce n’arrive quand même pas à tout à fait sortir du lot, surtout après deux compositions aussi mémorables. D’autant plus que Beyrouth qui suit retourne dans cette mélancolie qui caractérise cette seconde moitié d’opus. D’ailleurs, l’album se conclut avec une reprise du premier segment de Calliope.

Il semble que, règle générale, Jean Félix Mailloux a rappelé à ses musiciens d’y aller mollo dans les improvisations : rares sont les moments aussi intenses sur album que ce que Cordâme a pu vraiment offrir en performance live. Cela donne un album très facile d’écoute, avec des influences éclectiques, mais qui finissent par de rejoindre grâce à l’imaginaire de Jean Félix Mailloux et de ses musiciens. La plupart des pièces de l’album Rêve éveillé se veulent relativement douces, justement rêveuses, pour gagner en énergie lorsqu’on arrive aux solos. Sur album, l’instrumentation varie beaucoup – merci aux sept musiciens qui peuvent apporter chacun une couleur différente. Cependant, ce n’est qu’en live qu’on saisit pleinement l’essence du talent de ces musiciens à improviser, surtout en formation réduite, où ils ont pleinement le champ libre.

Aussi, il semble primordial de mentionner ceci : si vous aimez cet album, il faut absolument aussi voir Cordâme en show. Vous reconnaitrez les thèmes, mais vous entendrez, dans bien des cas, des versions complètement différentes, vous faisant redécouvrir à chaque fois les mélodies que vous avez appréciées. Les différents musiciens présents ajouteront aussi une couleur particulière à l’interprétation. Car bien que Cordâme offre une très belle musique sur disque, la vraie magie opère sur scène.

L’album est les autres musiques du groupe se retrouvent sur Bandcamp.

À écouter : La route de la soie, Dans la tête de M. Sakamoto, Vancouver

8,2/10

Par Olivier Dénommée

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s