Chambers – Chilly Gonzales

Chambers_coverSorti le 23 mars 2015

Jason Beck, plus connu sous son pseudonyme Chilly Gonzales, a exploré durant sa carrière une panoplie de styles. Après la musique hip-hop, jazz et pop, c’est une incursion dans le classique qu’il offre avec Chambers, où il s’allie au Kaiser Quartett, un ensemble à cordes. Connaissant le côté éclectique de l’artiste, cet album classique conserve un côté accessible et populaire, tout en subtilité.

Bien que le livret de l’album offre des informations très limitées, il existe, sur le site de l’artiste, une liste des mises en contexte des compositions et des dédicaces. La pièce introductive de l’album, Prelude to a Feud, par exemple, est dédiée à Bach et à Daft Punk. Cette prélude se veut un clin d’œil aux «arpégiateurs» électroniques. Pourtant, à l’oreille, la pièce s’écoute toute seule, introduisant la technique de Gonzales en solo, puis les cordes.

C’est surtout à partir de la seconde pièce, Advantage Points, que les choses deviennent sérieuses : cette composition met grandement de l’avant le staccato des cordes, créant une espèce de tension qui évolue au fil de la pièce. Les accents y sont particulièrement efficaces et on réalise bien vite que le pianiste n’hésite pas à laisser la place à ses invités si cela sert l’intérêt de la musique.

La suite se veut plus douce, notamment avec Sweet Burden, avec une mélodie inspirée de la musique de Gabriel Fauré (ère postromantique française), puis Green’s Leaves, à la référence évidente. Cette dernière, légère et sautillante, se présente comme une danse. Outre son énergie, cette pièce peut vous marquer avec une brève mélodie au piano qu’on entend à deux moments, qui rappelle énormément le thème de l’émission Salut, Bonjour!. Une fois que vous l’entendez, vous ne pouvez plus l’ignorer. Lorsqu’on sait qu’il est né à Montréal et qu’il parle aussi français, on peut bien se demander s’il a lui-même déjà entendu ce même thème. Ce n’est évidemment pas précisé, mais c’est tout à fait son style de glisser ce genre de clins d’œil.

Chilly Gonzales indique que Freudian Slippers, composée en deux parties, offre une seconde partie parfaite pour un rap. Il nous invite d’ailleurs à essayer. Cela conclurait la première partie de l’opus, qui reprend de plus belle avec un pièce solo, justement intitulée Solitaire. Ceux qui se souviennent de Major/Minor savent à quel point il aime les accords mineurs, qui occupent justement beaucoup d’espace ici.

Nouveau clin d’œil au hip-hop, avec Sample This, dédié à Rick Ross (il est même fait mention que cette composition est faite pour un très gros rappeur). Pourtant, en écoutant la pièce, on a droit à une belle progression, notamment des cordes, avec un «riff» répété qui reste facilement en tête.

Belle montée aussi dans The Difference, qui atteint un climax précoce et s’éteint en moins de deux minutes. Une des pièces les plus courtes de l’album, et pourtant, qui atteint avec succès un certain niveau d’intensité.

Switchcraft est un incontournable de l’album. Non seulement elle met de l’avant le piano de Chilly Gonzales et le Kaiser Quartett, on ajoute du cor français pour une intensité dramatique supplémentaire, ainsi que de la flûte traversière. Aisément une des compos les plus accomplies de Chambers. Le plus surprenant demeure le commentaire du compositeur, admettant que la progression est tirée de celle des chansons du rappeur Juicy J.

L’album se conclut avec Myth Me, qui a de particulier à revenir aux racines de l’artiste : une pièce en solo (ou presque), où il chante ses paroles naïves comme on les aime. Bien que cette dernière chanson ne ressemble guère au reste de l’opus, cela nous rappelle sa signature distincte.

Chambers est définitivement un album à écouter plusieurs fois, afin de bien cerner les subtilités de la musique, et de l’humour caché derrière les compositions. Gonzales y offre une alternance bien dosée entre morceaux lents et lyriques, et morceaux plus agités ou tendus. Ceux qui sont familiers avec l’éclectisme de l’artiste peuvent sauter sur l’album sans hésiter, et même les gens qui veulent s’initier à la musique classique pourraient y trouver une poste d’entrée intéressante. À essayer!

À écouter : Advantage Points, Green’s Leaves, Switchcraft

8,8/10

Par Olivier Dénommée

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