Mon voyage au Canada – Mononc’ Serge

mon-voyage-au-canadaSorti en septembre 2001

Revenons en 2001, année où Serge Robert, alias Mononc’ Serge, a lancé un album-concept qui traversera le temps. Il s’agit de Mon voyage au Canada, où chaque province goûte à la médecine du chanteur réputé pour sa vulgarité et de ses sujets particulièrement crus.

À l’arrière de la pochette du disque, on peut voir un dessin du Canada au crayon feutre (fait par nul autre que Mononc’), avec une espèce de trajet qui fait le tour du pays. Cela nous dévoile comment se déroule ce fameux voyage en musique, chargé de cris et de références au sexe et aux déjections fécales. Attachez-vous, ça commence.

Après un Avant-propos en «allemand», on commence le voyage en Ontario avec Sudbury, sur une musique tantôt lourde, tantôt carrément agressive. La première minute ressemble d’ailleurs presque à un rituel satanique, avant d’arriver au refrain très évocateur, qui a marqué l’imaginaire : «C’est long, c’est l’Ontario».

Se dirigeant vers les Prairies canadiennes, peut constater la critique que Mononc’ fait contre la francophonie qu’on peine à trouver au Manitoba, avec Dans l’bois. Le refrain où il crie «En français!» semble alors une prémonition d’un gag qu’on fait 14 ans plus tard, mais la chanson ne marque pas outre mesure. Au contraire, le festif Saskatchewan reste dans la mémoire pour son rythme effréné avec lequel Mononc’ Serge parle (enfin, crie) de son amour inconditionnel pour cette province. Difficile de ne pas sourire en entendant «Saskatchewan, tu m’ensorcelles / Quand le téléphone sonne j’espère que c’est toi qui m’appelles». L’Alberta est représentée par West Edmonton Mall, qui présente son expérience dans cet énorme centre commercial, d’un point de vue d’un gars gelé. Très comique, mais la chanson prend encore plus de sens après avoir été soi-même au WEM.

Difficile de faire une chanson pour chaque province du Canada; Mononc’ Serge triche un peu pour La police, en mentionnant Vancouver dans les premières secondes, puis se contentant de faire une «critique» de l’hygiène douteuse des jeunes manifestants en général, avec une panoplie de jeux de mots dont seul lui connaît le secret. Vient ensuite Fourrer, où il se décrit comme esclave de sa sexualité, le tout avec une vulgarité extrême. Petit passage qui rappelle le style de System of a Down, c’est-à-dire passer d’une musique agressive à une musique plus rythmée et sympathique, pour raconter une anecdote particulière et mieux revenir à l’agressivité. Conclusion? Il faut aller dans le Grand Nord pour ne plus fourrer (le lien avec le thème!).

Nous voilà maintenant dans les Maritimes. Destruction décrit les Terre-Neuviens comme des Vikings assoiffés de sang qui s’ignorent, sur une musique, vous l’aurez deviné, particulièrement violente par moments. Avec une musique à la Tool, on a droit à une ode à l’action de déféquer sur l’évocatrice chanson Fini d’chier. C’est le festival du jeu de mots bat son plein avec Anne, une chanson «d’amour», à la façon de Mononc’ Serge bien sûr. Les chants d’opéra qui arrivent après chaque refrain ajoutent à cette étrange intensité du moment. La chanson de l’album qui a probablement le plus marqué l’imaginaire est Les grosses torches acadiennes. Une autre pièce énergique (comme Saskatchewan), mais avec plus de mélodie, sans parler de l’harmonium qui ajoute à cette festivité. Et le titre vend déjà la mèche du registre de la chanson.

Mon voyage au Canada ne pourrait jamais être complet sans le Québec. On découvre la phobie que Mononc’ dans Maman Dion. Remarquons que la formule de dire «fuck you» à une personnalité québécoise reviendra assez souvent dans sa carrière. Mentionnons la fin où tout le monde est devenu un Dion. «Il y aura Yasser Aradion, George W. Dion, Luc Plamondion, Gérard Depardion.» On nous offre même une portion éducative dans l’album, avec Roopnarine, où on peut apprendre que la parade du 1er juillet à Montréal est due à une personne en particulier. Mention à la subtile plogue de «Pierre et l’yacht».

Après un tel voyage, la conclusion Canada is not my country a le dernier mot et exprime avec humour pourquoi le Québec ne se sent pas à sa place au Canada. Dans une ballade en anglais, bien sûr.

L’album date, mais n’en demeure pas moins un exercice fort réussi, où Mononc’ Serge a confirmé qu’il est capable de rire d’absolument tout le monde, surtout à travers le Canada. Sa musique est déjà très agressive, souvent aux frontières du rock et du métal, avant même ses collaborations avec Anonymus. Cru, l’album ne semble pas peaufiné. Pourtant, en l’écoutant plusieurs fois, on semble comprendre certains messages au second degré. Quoi qu’il en soit, Mon voyage au Canada, même plus d’une décennie plus tard, ne semble pas avoir vieilli.

À écouter : Fourrer, Les grosses torches acadiennes, Canada is not my country

8,5/10

Par Olivier Dénommée

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