West Trainz – Erik West Millette

Pochette_West_TrainzSorti le 12 mai 2015

Le projet West Trainz d’Erik West Millette est ambitieux, s’étant étendu sur de nombreuses années. L’histoire derrière la naissance de cet album double de 95 minutes est probablement encore plus impressionnante que la musique en elle-même. West Millette, décrit comme un passionné des trains, aurait composé l’album au fil de ses voyages à travers la planète et à travers les années. Chaque chemin de fer lui aurait alors inspiré de la musique.

Pour cet opus aussi chargé, l’auteur-compositeur-interprète y va d’une véritable salade de styles, passant aisément du rock au funk, en passant par le jazz, le blues, le world et l’ambiant.

Disque 1

La pièce introductive, West Trainz (Welcome Aboard), met déjà de l’avant deux choses ; la première étant les compositions souvent énergiques et bien orchestrées avec plusieurs solides musiciens (ici Jordan Officer à la guitare électrique), la seconde étant l’intervention d’enregistrements qu’on entendrait à la gare ou dans le train. Bien que ce soit un album-concept pleinement assumé, ces sons auront probablement un effet mitigé sur l’auditoire. Enfin, l’album de 27 pistes ne manque pas de bon matériel.

Par exemple, New York Central Station, interlude vaguement sombre et mystérieuse, vient faire contraste avec la pièce suivante, New York Night Trainz, et sa musique énergique et accrocheuse, avec en prime une touche d’éléments électroniques. Le solo de clavier d’Olaf Gundel retient aussi l’attention, ainsi qu’un spoken word (par Duane Norman) somme toute efficace. Chicago Jump Trainz a l’avantage de contenir aussi quelques lignes très solides, tantôt jazzy, tantôt rock’n’roll. Cette fois, les vertigineuses lignes au Hammond B3 sont jouées par Frank Lafontaine.

On réalise rapidement que l’ordre des pistes est géographique : on descend dans le sud des États-Unis, jusqu’en Amérique du Sud pour la suite :

On a droit à un chanteur pour New Orleans Funk Trainz. Willie West arrive effectivement à apporter une touche funky supplémentaire, ajoutant à la trompette de Charles Imbeau. Dans Mexico Al Pacifico, c’est plutôt la chanteuse Bïa qu’on entend pour ajouter à l’ambiance sensuelle. Ajoutons Cuban Cigar Trainz, avec Eva Rivera au chant, qui nous fait faire une escale dans ce pays presque aussi bien que fait le Buena Vista Social Club. Le disque se termine avec Trem da Amazônia, lors un bref passage au Brésil (de nouveau avec Bïa).

Disque 2

La seconde partie du périple a lieu de l’autre côté de l’Atlantique, en commençant par le désert : Trans-Sahara Express ouvre le bal avec ses sonorités plus orientales. Très réussi, surtout à l’approche de la fin de la composition : envoûtant et entraînant à la fois.

Plus au nord, en Europe, on a droit au son électro ambiant de German Ice Trainz, qui arrive à retenir l’attention. On en garde encore une trace dans Trans-Andalucia Express, avec, quand même, des instruments un peu plus actifs.

La plus grosse surprise de l’album? Assurément Scandinavian Trainz, la pièce la plus proche du classique de l’opus, mettant notamment en vedette le Quatuor Orphée.

On a aussi droit à quelques pièces d’inspiration asiatique. Trans-Mongolia (Desert Express), par exemple, puis Trans-Manchuria Express (aux mélodies un peu à la Age of Empires). Australian Indian Pacific apporte, lui aussi, sa dose d’exotisme. L’aventure de West Trainz se termine avec Leo West Lullaby, dédiée à son grand-père qui lui a transmis cette passion. Touchante attention pour une finale en douceur.

Sans mauvais jeu de mots, l’album va dans un peu toutes les directions (ok, il y a peut-être un petit jeu de mots voulu). Il nous transporte dans des ambiances, des sonorités, des paysages variés. Cela en fait une œuvre complexe et assez complète, qui nécessite une grande ouverture pour apprécier pleinement. Le fait qu’on touche à autant de styles disparates contribue à cette complexité, tout en demeurant très accessible. L’album double est décrit comme le projet d’une vie pour Erik West Millette, et on n’a pas de difficulté à y croire : une maturité émane de la plupart des arrangements et même si toutes les pièces n’arrivent pas à nous marquer, certaines deviendront des coups de cœur instantanés. Si seulement les sons de trains étaient moins présents, ou à tout le moins plus discrets, cela donnerait l’occasion de mieux savourer les meilleures pistes de West Trainz hors de ce contexte. Cela reste un album coup de poing qui gagne à être connu et qui mérite quelques bonnes écoutes de toute personne qui dit aimer la musique.

À écouter : Disque 1 : Chicago Jump Trainz, Cuban Cigar Trainz  // Disque 2 : Scandinavian Trainz, Leo West Lullaby

8,4/10

Par Olivier Dénommée

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