Liquid Swords – GZA

Liquid-SwordsSorti le 7 novembre 1995

Retour en 1995. Genius/GZA fait partie, en tant que membre fondateur, d’un collectif nommé Wu-Tang Clan. Deux ans après leur gargantuesque succès intitulé Enter the Wu-Tang (36 Chambers), Genius/GZA nous présente son deuxième album solo Liquid Swords en 1995, indubitablement celui qui a eu le plus d’écho dans toute sa carrière solo. À défaut de critiquer une parution récente, ce survol met en lumière ce qu’on peut qualifier de classique dans le genre, pionnier dans le «East Coast Rap».

L’été dernier, après m’être éclipsé d’un concert de musique extrême, je m’étais immiscé dans un groupuscule, question de connaître l’opinion [musicale, entre autres] de ces gens qui sortaient du même endroit. C’est après quelques échanges sur le rap que l’on m’a recommandé l’écoute de l’album Liquid Swords, dont j’avais préalablement entendu parler et aperçu sur le web. Grâce aux fameuses listes de lectures sur Youtube, pas besoin de creuser bien loin pour trouver du matériel de qualité. J’allais découvrir que cet album de GZA talonnait et dépassait même l’autre classique Enter the Wu-Tang de son propre groupe.

Contrairement à d’autres groupes qui ont fait leur renommée en dénonçant l’abus de policiers (NWA) et le racisme ou l’inégalité (Tupac), Wu-Tang se concentre sur une étrange thématique à première vue, soit une sorte de fascination générale pour l’art martial asiatique, se traduisant par exemple par des sons de sabres fouettant l’air, la mention de temples Shaolin ou de dialogues cinématiques en ce sens, notamment, pour Liquid Swords et Enter the Wu-Tang, du moins. Si les paroles peuvent traiter de sujets plus concrets et collés à la vie new-yorkaise plus difficile, comme la drogue et les hostilités envers certaines personnes, le fond de toile est souvent imagé par ce pan de culture asiatique, et l’explication m’est toujours inconnue jusqu’ici. Nonobstant, chaque membre doit bien s’y retrouver! Personnellement, la culture asiatique ne me passionne pas du tout pour l’instant, mais pourquoi ne pas y consacrer ses albums, si l’intérêt est là pour ses producteurs.

Dans Enter the Wu-Tang, la différence entre les pièces plus dynamiques et les autres plus lentes est claire, c’est pourquoi je passe généralement par-dessus ces dernières quand j’écoute cet opus. J’estime les pièces rap plus appréciables lorsque j’ai l’impression que les paroliers s’enfoncent dans une guerre animée de mots, sur un fond mélodique plus hardcore (moins pop, funky, soul, ou R&B). Mais dans Liquid Swords, les pièces sont toutes relativement dynamiques, c’est pourquoi l’écoute sans interruption se fait aisément.

Côté constance de la vitesse du tempo, c’est en fait la première fois que je dénote cette variable, mais dans Liquid Swords, la totalité des pièces a à peu près le même tempo. Le rythme n’est pas nécessairement rapide, mais demeure emphatique par ses instrumentations bien conçues avec la même constance du début à la fin de l’album. À l’instar de Liquid Swords, Enter the Wu-Tang est assez similaire sur ce point aussi. Les mélodies des pièces sont en moyenne meilleures dans Liquid Swords. C’est l’album de GZA, qui nous crache en plus grande partie ses paroles dans son album, chose que j’adore puisqu’il est mon rappeur favori du collectif, alors que dans Enter the Wu-Tang, on y entend les neuf membres du groupe de façon plus égale. Plus de diversité, mais de toute façon, GZA laisse place à tous les membres du collectif, en plus de Killah Priest. Bref, de la diversité évidente dans Liquid Swords, même dans un album solo.

Si les mélodies dans Enter the Wu-Tang se décèlent et s’expriment plus dans les basses fréquences sonores, dans Liquid Swords, elles s’inscrivent aussi dans les aigus la plupart du temps par le clavier, qui pourrait effectivement plaire à l’auditeur dans ce cas-ci.

Il y a quelques éléments, dont un en particulier, qui m’ennuient vraiment dans l’écoute d’albums de Wu-Tang ou d’artistes connexes, et c’est la présence de dialogues interminables a capella, parfois entre les membres eux-mêmes, parfois en extraits audio de films quelconques, mais dans les deux cas, ces dialogues n’ajoutent en rien et rallonge inutilement les pièces. Concrètement, il peut se passer deux minutes où les membres ne font que se parler, toujours au début ou à la fin d’une pièce, sur des sujets divers, alors que je suis dans une attente fébrile d’un nouveau beat. Dommage, mais j’imagine aussi que ce choix esthétique devait plaire à plusieurs, y compris ses producteurs.

Néanmoins, Liquid Swords, dont la comparaison avec Enter the Wu-Tang est incontournable, est d’un cran supérieur. De très bonnes mélodies sur cet opus, typiquement de la côte est, qui avec Iron Man de Ghostface Killah s’inscrit dans la liste d’incontournables pour les néophytes du rap.

À écouter : Liquid Swords, Killah Hills 10304, Investigative Reports, Swordsman

8,9/10

Par Mathieu Laferrière

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