CHRONIQUE : Le Festival MRCY de Laval a fait des heureux

IMG_4182Par Cédric Courtemanche et Olivier Dénommée

Avec l’arrivée des lattés à la citrouille dans les cafés, c’est la saison des festivals qui tire à sa fin. Néanmoins, les food trucks est les stands promotionnels pouvaient encore une fois trouver preneur dans une ambiance de fête au MRCY de Laval. Le site, fondé sur un chill spot en plein centre, était muni de deux scènes, chacune à leur extrémité du site. On y trouvait des jeux de poches, et une version géante du célèbre Jenga. Entre les spectacles, une migration de la foule s’opérait d’un bout à l’autre du site, mais la circulation restait fluide.  L’ambiance n’était pas sans rappeler le très populaire Osheaga, mais cette fois dans un format miniature et, disons-le, sans la foulée de touristes. Une ambiance donc beaucoup plus conviviale et accessible était présente à l’espace Montmorency ce samedi 26 septembre. Petit compte rendu de cette journée chargée en musique.

13h30 : MisterWives

OD : Ouvrir un festival en début d’après-midi est toujours extrêmement ingrat. La foule est peu présente, n’est pas réchauffée encore et préfère garder ses énergies pour les têtes d’affiches, qui viendraient plus tard dans la soirée. Ceci étant dit, cela n’a pas arrêté MisterWives d’offrir une performance solide, avec une énergie plus que contagieuse. Le groupe a eu la bonne idée de se lancer avec des covers à la sauce indie-pop très énergique, et a réussi à faire embarquer le public à quelques reprises. À 13h30, faire bouger les bras de plusieurs dizaines de personnes, ça s’appelle presque un exploit. Chapeau aussi à la très réussie version de Girls Just Want to Have Fun. Fait cocasse : le groupe new-yorkais ne fait pas la différence entre Montréal et Laval. Autre fait cocasse : le groupe n’est pas le seul à avoir fait l’erreur, alors on lui pardonnera! Sinon, on mettait la barre haute dès le début, alors j’avais bien hâte de voir et d’entendre la suite!

14h5 : Lary Kidd (de Loud Lary Ajust)

OD : Un festival qui se respecte ne peut pas se passer d’imprévus de dernière minute. Déjà, il y avait un changement à la programmation : Angel Haze, rappeuse américaine, ne pourrait pas être présente au festival. Ainsi, Alaclair Ensemble qui devait jouer à 14h5 a hérité de sa plage horaire plus tard en après-midi. C’est finalement le DJ Lary Kidd qui a pris la relève sur la scène des Mille-Îles, consacrée essentiellement aux artistes de la scène rap et hip-hop (versus la scène des Prairies, axée sur la pop et le rock). Après MisterWives qui a réveillé un peu les premiers festivaliers, le DJ set leur a permis de chiller pendant quelques dizaines de minutes. Ce n’était définitivement pas la même énergie, ni la même efficacité, qui était présente. Malgré quelques bons moments, ce set était loin d’être le plus mémorable, et je me suis souvenu qu’on était encore en début d’après-midi, ce qui expliquait que c’était encore un peu lent.

14h50 : Safia Nolin

CC : Dans la foulée des artistes constituant la programmation qui offrait la diversité musicale digne des grands festivals, on retrouvait Safia Nolin. Armée de sa guitare et de ses titres fraîchement sortis en magasin, la jeune femme de Québec a réussi à capter progressivement l’attention de la foule, encore timide en fin d’après-midi. Malgré un auditoire relativement plus petit que les spectacles en soirée, la performance en a valu la peine et a certainement permis à l’artiste de gagner quelques fans dans la région de la métropole. L’atmosphère très intimiste des chansons aurait cependant probablement trouvé davantage sa place dans un pub ou dans une petite salle, mais un bon spectacle en reste un peu importe l’endroit. Ainsi la jeune femme a su user de son talent pour palier au fait qu’elle n’occupait qu’une mince partie de la scène, jouant ses titres seule à la guitare ou accompagné à quelque occasion par un autre guitariste. L’attitude très ironique et légère de Safia Nolin aura finalement eu raison du manque de moyens visuels, apportant une note calme et apaisante, mais peu diversifiée dans le style musical.

OD : Safia Nolin joue un personnage, et le joue très bien. Elle s’est présentée timidement et simplement, ce qui laissait toute la place pour sa musique aussi simple musicalement, mais parfois intense dans la voix. Sa musique n’est pas nécessairement adaptée pour un festival d’été, étant plus mélancolique que joyeux, mais en ce début d’automne, ça passait quand même assez bien. Et puis d’autres groupes allaient se charger de nous remonter le moral plus tard! Vous ne connaissez pas encore Safia? Imaginez du Lisa LeBlanc, mais avec moins de banjo et moins de bonne humeur, et vous devriez vous en approcher un peu.

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15h35 : Alaclair Ensemble

OD : C’était le tour au groupe «bas-canadien» de tenter de faire bouger l’auditoire de l’Espace Montmorency. Le band, en pleine forme, a offert un 45 minutes énergiques, réussissant à plusieurs reprises à faire embarquer les fans qui connaissent déjà quelques-uns de ses airs connus. Visuellement, on a eu droit à quelques chorégraphies, et au «drapeau bas-canadien» brandi avec fierté par les membres. On a même à l’hymne solennel Bas-Canada vers la fin du set. Il faut cependant énoncer le bémol suivant : il y a eu quelques moments plus cacophoniques, alors que plusieurs personnes rappaient en même temps, sans être parfaitement synchronisés.

16h20 : July Talk

CC : Le premier groupe à réussir à véritablement faire bouger le public fut July Talk. La formation de Toronto a réussi à enflammer la scène grâce à la voix rauque, très caractéristique des rockeurs, de son chanteur/guitariste et à la personnalité éclatée de sa chanteuse. Offrant un bon spectacle, le groupe a marqué le coup d’envoi de la journée, laissant de côté l’ambiance beaucoup plus détendue du début de la journée à quelque chose de plus actif. En effet, c’est l’énergie du groupe qui a donné du mordant à ce spectacle, donnant plus de vie à ses chansons qu’en enregistrement. Le public à bien répondu à l’appel. Un groupe à voir live si on en a la chance.

IMG_4118IMG_4123OD : La (bonne) surprise du festival. Je connaissais un peu July Talk, mais de réputation seulement. Le groupe a offert une performance impeccable, à un point tel que je ne comprends toujours pas pourquoi il jouait si tôt dans la programmation. Tous les ingrédients et si le public était encore relativement relax avant le band, il était maintenant très bien réchauffé. Les filles qui s’époumonaient en étaient la preuve. Bonne nouvelle aussi d’avoir pu entendre du nouveau matériel : c’est signe qu’un nouvel album est en préparation et il s’annonce très bon par-dessus le marché. Mention aussi au groupe qui a fait de nombreux efforts réussis pour s’exprimer en français. Ce ne sont pas tous les artistes qui vous au-delà du «merci beaucoup», alors chapeau! Vous avez mis la barre très haute pour la suite!

17h10 : The Joy Formidable

CC : Le MRCY était également l’occasion de retrouver en concert le groupe The Joy Formidable, absent de la scène québécoise depuis quelques années. On pouvait déjà identifier en début de journée les fans du groupe, parsemant la foule avec leur t-shirt qui a visiblement passé à la laveuse bien des fois. Les membres ont relativement bien comblé la soif de leurs fans, marquant leur performance de dialogues pertinents pour le public, laissant ainsi savoir qu’ils n’étaient pas seulement là pour jouer leurs chansons, encaisser leur paye et déguerpir. Le temps semble toutefois avoir eu son effet sur The Joy Formidable, qui semblait plus fatigué qu’à leur dernière apparition à Laval, il y deux ans. On a pu tout de même assister à un bon spectacle, mais leur énergie caractéristique y était moins.

OD :  The Joy Formidable était un peu l’intrus de la scène des Milles-Îles, étant un groupe rock. Surtout, le groupe jouait à un moment ingrat : juste après July Talk qui pétait le feu. L’énergie était tout de même présente, mais ça ne levait pas autant que le show qui le précédait, et le mix sonore n’aidait pas à l’appréciation du spectacle. Mais le soleil commençait tranquillement à se coucher, signe que la soirée approchait. Quelques petits jeux de lumière ont commencé à faire leur apparition, signe que les choses sérieuses n’allaient pas tarder!

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18h : Kodaline

CC : À l’autre extrémité du site, le quintette irlandais Kodaline a trouvé preneur dans un public largement plus jeune et principalement féminin. Les chansons pop-rock plus soft du groupe étaient effectivement propices à la chose. On a donc pu observer un auditoire très passionné qui offrait tout un accueil à la formation. À ce titre, Kodaline a bien rendu l’enthousiasme du public dans une performance enjouée, qui contrastait parfois avec la sonorité très clean de ses enregistrements studio. En somme, une prestation correcte, qui laissait percevoir le côté bons-garçons du groupe.

OD : Vraiment, ce sont les filles amatrices de pop qui ont été servies avec Kodaline, qui a enligné quelques hits accueillis par des cris d’hystérie par les fans. Pour quelqu’un qui connaissait peu le groupe comme moi, cela n’a malheureusement pas eu le même effet. Ajoutons à cela que j’avais encore le réflexe de comparer avec l’intensité de July Talk, encore inégalable!

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19h : A$AP Ferg

OD : Il faisait noir juste à temps pour la performance du rappeur américain. Pour s’assurer que la foule, beaucoup plus nombreuses qu’en après-midi, était bien réchauffée, il a attendu 15 minutes avant d’arriver sur scène. C’est son DJ qui a commencé le set en solo. Mais lorsqu’A$AP Ferg est arrivé, on l’a très bien compris : jeux de lumières plus élaborés, paroles plus vulgaires que jamais, et bruits de gun à outrance. Les fans ont certainement apprécié la performance, mais pour les néophytes, me faire répéter «Suck my dick» ne me convainc pas nécessairement si facilement. Non loin de moi, il y avait une famille avec une petite fille, âgée de pas plus de 7 ans, qui entendait tout ce que le rappeur avait à dire. Oh boy! Aussi : était-ce nécessaire de terminer chaque chanson avec le même son? Était-ce une stratégie pour s’assurer qu’on comprenne que la piste est finie? Sinon, la foule était, très clairement, prête à danser et à faire la fête, alors mission accomplie pour le rappeur, l’avant-dernier à occuper cette scène pour la soirée.

20h : Local Natives

CC : À 20 heures, les Américains de Local Natives ont pris d’assaut la scène des Prairies. Le groupe ne s’est pas fait attendre et a suscité un grand enthousiasme dans l’auditoire. Malgré un début plutôt cacophonique, la qualité sonore s’est stabilisée après quelques morceaux, laissant place à un spectacle déjanté dans lequel on pouvait sentir une petite bataille de coqs entre les deux chanteurs. Vraisemblablement peu connu du public, le groupe a su capter l’attention par l’attitude des chanteurs qui donnait vie au son indie-rock de la formation. Pigeant des pièces de son répertoire s’étalant sur leurs deux albums, le groupe a donné un avant-goût de son prochain opus aux fans, célébrant ainsi son dernier spectacle avant un retour en studio. C’est dans le dernier morceau que le groupe a su sortir de sa zone de confort et se donner complètement. Le comportement plutôt réservé des membres a à ce moment laissé place à la folie qu’on ne peut que retrouver en live. L’un des chanteurs a sauté, micro en main, dans la foule, surfant pendant quelques couplets sur les gens présents. À son retour sur scène, la réponse de l’autre chanteur ne s’est pas fait attendre. Délaissant pour cette pièce le clavier et la percussion, celui-ci transcenda les limites de la scène pour aller jammer debout sur les haut-parleurs latéraux. Donc en somme un spectacle intéressant, parfois physiquement un peu morne, mais dont la fin a su laisser un sentiment de victoire sur le visage des membres de la formation et dans la tête des spectateurs.

OD : Je n’ai qu’une remarque à faire quant à la perfo de Local Natives : le volume était si élevé que je ne serais pas surpris d’apprendre que des gens de Saint-Lambert ont porté plainte!

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21h : Mac Miller

OD : Tête d’affiche de la section rap du festival, Mac Miller devait mettre le paquet pour être à la hauteur. Fort d’un nouvel album paru il y a quelques semaines à peine, il a offert un spectacle équilibré où il a joué beaucoup de ses «classiques» pour ses fans habitués. Avec lui sur scène, il avait un second rappeur et un DJ, garantissant toute une énergie. Bien que je ne suis pas resté jusqu’à la fin pour pouvoir trouver une place satisfaisante pour Alabama Shakes, j’ai retenu que l’Américain aimait dire «motherfucking» à toutes les sauces, et que son but de la soirée était de devenir de plus en plus ivre à chaque chanson. Le public a vraisemblablement apprécié la vibe sur scène, à un point tel qu’un couple s’adonnait presque à des plaisirs charnels à quelques pas de moi. Ouais, c’était intense comme ça. Sinon, paraît-il que Miller aurait fait des commentaires sur le fait qu’il faut contrer Donald Trump… Là il ne s’agit plus de se tromper entre Montréal et Laval, c’est de se mélanger entre les États-Unis et le Canada.

22h : Alabama Shakes

CC : Le clou du spectacle, ou plutôt du festival, a été sans équivoque la prestation du groupe Alabama Shakes. Après la montée en flèche de sa popularité depuis la sortie de son premier album en 2012, le groupe a parcouru le monde en tournée et a mis au monde un deuxième opus en avril dernier, Sound & Color. Depuis, le quatuor s’est muni d’une petite armée de musiciens, dont deux claviéristes et trois choristes pour leurs spectacles. C’est dans cette formule agrandie que le groupe a mis le feu aux poudres pour la première fois en sol québécois. Une heure avant la performance, on pouvait déjà dire que la formation de l’Alabama avait trouvé son public, alors que les gens s’amassaient déjà en grand nombre devant la scène des Prairies. Au terme de la soirée, le constat est clair, Alabama Shakes a réussi sa première impression au Québec. Dès les premières chansons, l’auditoire était conquis par la voix impressionnante de la chanteuse Brittany Howard. L’enthousiasme de la foule était intense, rendant inaudible la moindre intervention de la chanteuse à coup de compliments, de cris et d’applaudissement. Et pour compte! Le groupe a effectivement offert une prestation digne des attentes, déballant son répertoire déjà riche malgré seulement deux albums. Il faut dire que la grande diversité de musiciens sur scène rendait bien l’atmosphère qu’on retrouve en album. La qualité sonore était à ce niveau assez surprenante même si elle n’était pas parfaite, dommage collatéral des spectacles en extérieur. Ce fut donc un excellent show, marqué par l’aisance sur scène de Brittany Howard, qui attire l’attention, tant par sa voix qui n’a rien d’ordinaire, que par son talent à la guitare. Un groupe à voir et à revoir, ce qui apporte une note bien particulière à ce début d’automne et à cette fin de la saison des festivals.

OD : Que dire de plus? Alabama Shakes aurait été une raison suffisante pour aller au festival MRCY (et quelque chose me dit que plusieurs personnes ont effectivement acheté un billet uniquement pour ce band!) et n’a pas déçu. Jusqu’à neuf personnes sur scène, c’est assez impressionnant à entendre! Je m’attendais à plus de mouvements sur la scène, mais dans les circonstances, je comprend pourquoi il n’y a pas eu de grands déplacements. Anecdote : des festivaliers blaguaient à savoir si le groupe allait aussi faire l’erreur et dire Montréal au lieu de Laval. À mon souvenir, la chanteuse ne s’est pas mouillée et n’a en aucun moment mentionné la ville. Une belle façon d’esquiver la question.

IMG_4179Le MRCY n’en était qu’à sa deuxième année, mais il semblait rodé comme un festival bien plus mature que cela. S’il y a une chose que l’organisation peut améliorer l’an prochain, c’est mieux évaluer l’intensité des artistes qui joueront. Un show en après-midi n’a pas rendu justice à July Talk, qui pour plusieurs étaient le deuxième band qui levait le plus après Alabama Shakes. Sinon, chapeau, et bonne chance pour dénicher les perles rares pour une éventuelle troisième édition!

(Photos : Cédric Courtemanche)

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