CHRONIQUE : Surprenante soirée avec Jean Derome

Jean Derome 1Par Olivier Dénommée

Le saxophoniste et flûtiste Jean Derome est parmi les plus prolifiques compositeurs de jazz de la scène montréalaise, lui qui compte plus d’une quarantaine d’années d’expérience. Il jouait le 7 octobre au Lion d’Or avec son groupe, Jean Derome et les Dandereux Zhoms ainsi que des musiciens supplémentaires. Une soirée intense où l’avant-garde était mis bien en valeur.

Jean Derome a décroché une prestigieuse Bourse de carrière du CALQ et réalise en ce moment «l’année Jean Derome», où il s’engage à ne répéter aucune pièce d’un concert à l’autre pendant un an. Un exercice qui semble complexe, mais que le jazzman semble relever sans broncher. Durant sa performance, il n’a d’ailleurs joué que quelques pièces, mais des pièces assez massives, cumulant près de deux heures de musique.

La scène du Lion d’Or était, comme la salle, bien remplie. Une douzaine de musiciens interprétaient des arrangements prévus spécialement par Jean Derome pour l’occasion, avec des instruments aussi inusités que des violons, un tourne-disque, et une personne désignée aux bruits de bouche.

Jean Derome 4Jean Derome 3

Et surtout, l’improvisation était au rendez-vous. Imaginez plus d’une dizaine de personnes qui se laissent aller, et ça peut vite dégénérer. Il y a bien eu quelques moments corsés ce soir-là, mais avec un avant-gardiste comme Jean Derome, il ne fallait pas s’en étonner. Il s’était aussi entouré de solides musiciens de la scène free jazz, alors on savait très bien à quoi s’attendre. D’ailleurs, l’auditoire en général semblait bien connaître le saxophoniste, savourant les envolées improvisées qui occupaient énormément d’espace dans divers morceaux. Derome a composé plusieurs suites, avec des mouvements qui s’alternent entre moments écrits et d’autres presque complètement libres. On devinait très rapidement le degré d’écriture de chacun des mouvements, aux noms sympathiques. On retient d’ailleurs l’œuvre Sudoku pour pygmées.

Il est difficile de décrire adéquatement une soirée comme celle-ci, tant les émotions suscitées varient d’un auditeur à l’autre. On retient quand même quelques moments :

  • Une suite était écrire en cinq mouvements. Jean Derome a proposé de faire comme dans un concert de musique contemporaine et de n’applaudir qu’à la fin de tous les mouvements. Après trois, quelqu’un n’a pas pu s’empêcher. Le saxophoniste a alors seulement fait le signe «3» en souriant, puis a poursuivi.
  • Joane Hétu était à la «voix» ce soir-là et faisait une panoplie de bons plus étranges les uns que les autres. Le genre de sons qu’on ne peut pas faire à table sans se faire traiter de malpoli. Imaginez qu’elle répétait des dizaines de fois ces mêmes sons, dans un micro. Mon côté conservateur n’a jamais été particulièrement attiré par ce genre de prouesses vocales, mais il faut admettre que cela crée une ambiance bien particulière en spectacle.

Jean Derome 2Je n’avais jamais vu Jean Derome et les Dangereux Zhoms en spectacle, mais décidément, cette performance inspire le respect pour ces artistes qui contribuent depuis des années à repousser les limites du jazz moderne. C’est parfois aride, souvent déstabilisant, mais toujours surprenant de voir jusqu’où cette musique peut aller. Chapeau.

(Photos : Olivier Dénommée)

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