CHRONIQUE : Bienvenue chez toi, Chilly Gonzales

Chilly-GonzalesPar Olivier Dénommée

Le 8 février dernier était une date importante pour Jason Beck, alias Chilly Gonzales, et tous ses fans : c’était sa dernière représentation en spectacle en compagnie du Kaiser Quartett pour un bon moment. Le pianiste et rappeur a choisi Montréal, sa ville natale, pour s’arrêter et finir en beauté ses années de tournée. On pouvait s’attendre à une soirée intense, et on l’a eu.

La dernière fois que Gonzo est venu à Montréal, c’était en mai dernier. Il avait offert quelques prestations au Théâtre Outremont. Mais là, c’était la prestigieuse Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts qui l’attendait. Comme seulement neuf mois séparaient les deux visites, on pouvait se demander jusqu’à quel point les spectacles seraient similaires. Bonne nouvelle : Chilly Gonzales a, tout simplement, mis le paquet pour sa grande finale, étant particulièrement généreux sur scène.

Milk & Bone

Gonzales est venu bien entouré. Outre ses musiciens, il a choisi le duo montréalais Milk & Bone pour assurer la première partie de la soirée. Celles-ci étaient visiblement fébriles de jouer devant une salle comble à la Place des Arts. La performance qu’elles ont livré ont aussi confirmé pourquoi ce projet électropop fait autant sensation dans la métropole. Les harmonies vocales, la finesse des mélodies aux synthés, les ambiances dégagées… cette première partie, quoique brève (à peine 35 minutes) auront permis à plusieurs spectateurs (m’incluant) de découvrir l’univers de Milk & Bone.

Seuls bémols : le mixage laissait parfois un petit peu trop de place aux sons agressants de synthés, et la reprise de la chanson de Sufjan Stevens, aux arrangements qui faisaient un peu tache avec le reste du spectacle. Ceci étant dit, la soirée commençait sur une très bonne note et avait bien réchauffé la salle avant que la grande vedette fasse son entrée.

Gonzo et compagnie

Chilly Gonzales et ses musiciens ont été accueillis en héros à leur arrivée. Ceux-ci ont enchaîné plusieurs pièces du dernier album, Chambers, offrant quelques variations aux versions auxquelles on est habitués sur album. En fait, pratiquement aucune pièce n’a été interprétée de façon fidèle aux enregistrements initiaux : le pianiste avait beaucoup trop de plaisir à se laisser aller et à jouer avec encore plus d’intensité, lui qui n’en manque déjà pas. Il s’est aussi aventuré dans ses fameux opus, Solo Piano I et II, jouant tantôt seulement seul, tantôt avec accompagnement du Kaiser Quartett.

L’artiste est réputé pour son humour contagieux et surprenant. Il a évidemment fait certains de ses gags classiques, dont celui de jouer tellement aigu qu’il en vient à taper le bout de son piano, ainsi que sa théorie qu’une gamme mineure améliore une chanson à tout coup. Par contre, il a surpris en s’amusant à mélanger les noms d’artistes et de chansons, ce qui a bien amusé les connaisseurs; reste à savoir si les néophytes ont pris ses paroles au sérieux. Si la plupart des auditeurs savent que Eleanor Rigby est une chanson des Beatles et non des Rolling Stones, ce n’est probablement pas le cas pour le Sacre du Printemps de Stravinsky (Gonzales a proposé le hashtag #fuckshoenberg).

Particulièrement en forme, Chilly Gonzales n’avait pas envie d’arrêter de jouer. Il donnait tout ce qu’il avait, s’adonnant à un petit rap sur Sample This, concluant avec un «Bitch» très sonore à la fin, sans oublier l’arrivée du batteur en milieu de pièce pour UN coup. Il s’est aussi gâté sur les blagues portant sur ses collègues allemands (la meilleure : le nom sensuel du violon alto en allemand… bratsche!), ou encore sur son public japonais.

Outre les trois albums mentionnés plus haut, l’ensemble a aussi exploré le répertoire moins célèbre de Chilly Gonzales, allant jusqu’au début des années 2000. Et certaines des pièces les plus longues du spectacle étaient des arrangements de compositions de Ivory Tower, opus à tendances disco. La version orchestrée (et un peu censurée) de The Grudge en aura surpris plus d’un.

Après près de deux heures de musique, on nous annonce qu’une invitée spéciale venait d’arriver. C’est là que, pour lui permettre de se savoir ce qui s’était passé durant le show, les musiciens ont rejoué, en accéléré, tous les moments forts du concert. En cinq minutes, on a résumé deux heures de musique. Un medley impressionnant! Et comme le public ne voulait pas laisser partir Gonzales, il est revenu, parlant du fait qu’il revient au bercail, Montréal, après 18 ans en Europe. C’est là que Feist est apparue, pour un beau duo. Mais ce n’est pas du genre de Gonzo de finir en douceur : son band est revenu sur scène, et il a invité deux membres du public de jouer avec eux (mention au Montreal hippie aux bongos), pendant qu’il rappait dans la foule. Finalement, c’est seulement après 2h15 de musique que Chilly Gonzales est vraiment parti de la scène; après avoir battu le record du plus long concert – plus de 27 heures – ce n’était vraiment pas grand-chose, finalement…

Et maintenant?

Cela a été largement médiatisé, mais Chilly Gonzales ne montera plus sur scène pour la prochaine année. Après ses derniers spectacles prévus dans la province, sans le quatuor, il va demeurer à Montréal pour se concentrer sur ses projets. Après être né ici et avoir eu sa formation musicale ici (à l’Université McGill), il est de retour dans cette ville qu’il a déjà admis voir comme son chez-lui. L’accueil qu’il a eu à la Place des Arts l’a, espérons-le, convaincu qu’il est vraiment chez lui ici et que des gens attendent déjà avec impatience 2017 pour l’entendre de nouveau. Patience!

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