T’en souviens-tu encore, Godin? – Steve Veilleux

Steve Veilleux GodinSorti le 18 mars 2016

Le frontman de Kaïn Steve Veilleux se lance pour une seconde fois en solo. Lui qui est connu avec son groupe pour des chansons pop-rock accrocheuses change un peu de registre avec T’en souviens-tu encore, Godin?, où il se base essentiellement sur les textes du poète et politicien québécois Gérald Godin.

On se souviendra de Godin pour ses textes très francs, là où la censure n’avait pas sa place. Cela donne une matière première assez crue pour Steve Veilleux, qui a ensuite composé la musique sur les textes, jonglant tantôt avec du folk, tantôt avec du gros rock.

La première chanson à se faire entendre est Cantouque du retour. Musicalement, on n’a besoin que d’une guitare discrète et de la voix du chanteur, du moins au début. Dans la seconde moitié, on a droit à quelques développements très intéressants, ajoutant de l’intensité aux propos. Notons que la voix très caractéristique de Steve Veilleux se reconnaît instantanément, et qu’il ne serait pas impossible que vous ayez l’impression d’entendre du Kaïn en plus soft. Cette impression s’estompera au fil de l’album, alors qu’on entendra des registres que la formation drummondvilloise n’explorerait pas nécessairement.

Après un autre titre plutôt doux et épuré, on a droit à Cantouque de la fin de semaine, qui s’assume dans un rock plus élaboré, puis Jalousie, qui donne juste le bon ton aux propos de Godin, surtout au refrain. Veilleux rend aussi très bien justice au Cantouque des hypothèques, une des œuvres considérées comme incontournables de Godin.

Certains titres prendront par surprise avec des arrangements plus élaborés : Chanson démente surprendra par ses soudains moments en valse, et Cantouque testamentaire n’hésitera pas à casser le rythme dans le dernier tiers de la chanson. Mention spéciale à Juin 68, faisant jouer un extrait de Gérald Godin à la Nuit de la poésie où il récite des insultes aux politiciens de l’époque. C’était, évidemment, avant qu’il en devienne un lui-même quelques années plus tard.

La structure de l’album semble faite en blocs : le début y va d’un folk plutôt minimaliste. Puis vient une grosse portion rock. Les premiers titres de ce bloc sont plutôt «conventionnels», mais des surprises nous attendent de plus en plus au fil de l’écoute. Puis on s’adoucit pour boucler la boucle, clôturant avec T’en souviens-tu, Godin?, écrite par le principal intéressé au moment de son élection comme député. La construction est efficace, quoiqu’on aurait pu prendre une formule plus éclatée.

Considéré par plusieurs comme un poète immortel, Gérald Godin est peut-être moins connu de la jeune génération, étant décédé en 1994. Pourtant, le projet T’en souviens-tu encore, Godin? confirme que ses textes étaient et sont encore poignants aujourd’hui. Merci à Steve Veilleux pour avoir redonné un nouveau souffle à ces œuvres. Et surtout, merci de l’avoir fait avec autant d’audace. Nous avons probablement affaire à un paradoxe ici : alors que Kaïn a toujours intéressé un public très mainstream avec des thèmes et de la musique radiophoniques, cet album s’adressera davantage aux amoureux du poète, et ne passera probablement que très peu aux radios commerciales.

À écouter : Cantouque du retour, Cantouque des hypothèques, Juin 68

7,5/10

Par Olivier Dénommée

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