The Unspeakable Chilly Gonzales – Chilly Gonzales

DA1X22XX [muet]Sorti le 20 juin 2011

À peu près chaque album de Jason «Chilly Gonzales» Beck contient un concept particulier qu’il pousse au maximum. En 2011, il a sorti, en collaboration avec son frère Christophe Beck, l’album de rap orchestré The Unspeakable Chilly Gonzales, où on a droit à des arrangements très épiques, laissant place au rap déjanté du Canadien exilé.

Supervilain Music démarre avec une grave lourdeur, nous laissant nous imaginer qu’un méchant de l’ampleur d’un Darth Vader va apparaître quelque part. Il y a tout un orchestre derrière cette musique. Les cordes et les cuivres puissants rentrent particulièrement au poste. Puis Gonzo entre en jeu : ceux qui l’ont déjà entendu reconnaîtront immédiatement sa signature, un rap plein de références populaires, de jeux de mots et un ton extrêmement comique. Même avec un orchestre, son ton ne change pas du tout, au contraire. Il pousse d’ailleurs la référence de lui se décrivant comme un génie musical dans Self Portrait et glisse un mot sur ton record dans Different Kind of Prostitute, semble parler d’un quotidien peu reluisant dans Party In My Mind, se questionne sur l’intérêt de sa musique dans Who Want to Hear This?, et «s’enregistre» parler à son instrument dans Shut Up and Play the Piano (et admet que son Erik Satie est enterré très profondément). L’essentiel de l’album semble avoir été écrit au «je», créant une autofiction du personnage qu’est Chilly Gonzales. Malgré le titre, The Unspeakable Chilly Gonzales est décrit avec raison comme étant l’album où il s’exprime le plus personnellement. Il offre aussi une excellent «critique» du rap dans Rap Race.

Musicalement, on a droit à quelque chose de puissant, de presque trop épique pour être sérieux. Outre les cuivres et les violons, ajoutons du chant choral, des percussions et de la harpe, entre autres. Christophe Beck a fait un travail impeccable, complimentant les paroles absurdes de son frère avec des arrangements cinématographiques qui s’inspirent notamment de Prokofiev, Morricone et Glass. Les moments les plus lourds rappellent même parfois du Wagner. Notons des moments comme dans Beans, où la musique prend un virage très abrupt pour suivre la direction vocale. Cela brise un peu le rythme, mais on a affaire à du Gonzales ici, alors il ne faut pas se surprendre de quelques «imprévus» comme cela. Autre mention : «Please be gentle, tell this instrumental has some potential», lance le rappeur alors que le build-up de Who Want to Hear This? atteint son paroxysme.

L’album ne contient que neuf différentes chansons, mais quatre versions instrumentales se retrouvent en fin d’album : Different Kind of Prostitute, Self Portrait, Beans et Who Wants to Hear This?, permettant d’apprécier pleinement les qualités musicales de ces pièces sur lesquels le rap était finalement tout à fait optionnel.

L’album, si on enlève les version instrumentales, ne dure même pas 28 minutes. Pourtant, on a devant nous un album massif, puissant et audacieux. On a décrit l’album comme étant le premier à mélanger entièrement rap et orchestre. En tout cas, on peine à imaginer d’autres artistes assez fous pour créer un tel mélange en studio avant Gonzales. Ainsi, même si l’album est déjà très intéressant en soi, l’essentiel de sa valeur est due à son côté pionnier.

Fait intéressant : on dit que c’est après cet album, arrangé par son frère, que Chilly Gonzales a décidé qu’il voulait arriver à faire lui-même ses arrangements orchestraux, ce qui mènera quelques années plus tard à la collaboration avec le Kaiser Quartett pour l’album Chambers en 2015.

À écouter : Self Portrait, Beans, Who Want to Hear This?

8/10

Par Olivier Dénommée

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