Rites de passage – Émile Bilodeau

emile-bilodeau-rites-de-passageSorti le 7 octobre 2016

Du haut de ses 20 ans, on ne se surprend pas de ses textes encore jeunes, ni de son ton irrévérencieux qui n’est pas sans rappeler Bernard Adamus, justement un des idoles du jeune auteur-compositeur-interprète de Longueuil. Son premier album, Rites de passage, offre un folk teinté de rock et de blues, dont la réalisation est signée Philippe B. Pas mal du tout pour un début.

J’en ai plein mon cass donne décidément le ton de l’album, avec une musique bien arrangée, mais assez discrète pour laisser toute la place pour la voix et surtout les textes d’Émile Bilodeau. Ses mélodies n’ont rien de particulier, mais ses textes, directs et un peu engagé, retiendront davantage l’attention, même s’ils mériteraient un peu plus de polissage et de maturité. Crise existentielle a aussi les mêmes forces et faiblesses, mais avec une musique bluesy plus assumée qui complimente bien le propos de l’artiste.

Puis on s’adoucit avec Amour de félin, qui prend des airs de breakup song. On y découvre quelques belles lignes de trompette, qui tenteront de faire oublier un certain manque de profondeur dans les paroles. Il semble que la plupart des chansons aient été écrites alors qu’Émile Bilodeau n’était même pas encore majeur : difficile d’avoir la profondeur du vécu à ce moment. On a quand même droit à quelques phrases bien pensées dans Dehors, sur un air folk.

On passe au rock sur Tu me dirais-tu, puis América, avec des intonations très similaires… il aurait peut-être été intéressant de les distancier, plutôt que de les coller sur l’album. Surtout qu’América est beaucoup plus intense et travaillée, avec une brève portion jazz suivie d’un passage très près du rap. Aisément la chanson la plus surprenante de l’opus.

Le reste de l’album se divise essentiellement entre des chansons trop courtes pour être mémorables (Rosie et Les poètes maudits, tout deux de moins de deux minutes), les étranges chansons (il y a Passer à la TV, mais la palme est amplement remportée par Je suis un fou et son passage parlé qui me laisse particulièrement perplexe), et les chansons déprimantes… En ce sens, Ça va, la finale de l’opus, semble un peu une réponse à Bière, mais aussi une belle nuance face à la première chanson, plus tranchante dans le ton. Émile Bilodeau a déjà mentionné à Voir que son album était comme un tout : on peut donc tenter d’y voir une certaine évolution d’une piste à l’autre, bien que celle-ci ne soit pas si évidente.

Le jeune auteur-compositeur-interprète n’a que 20 ans, et cela paraît dans son écriture, qui manque encore de vécu. Il a autant de chansons aux rimes faciles et aux sujets superficiels et celles où il fait réfléchir et nous touche. Cela reste un premier album intéressant pour un artiste qui a encore la vie devant lui et qui cherche encore à se définir. Rites de passage porte bien son nom, comme c’est un peu une initiation pour Émile Bilodeau, qui voit beaucoup de portes s’ouvrir devant lui. J’attends avec impatience son deuxième album, pour savoir dans quelle direction il se dirigera, avec plus d’expérience et de maturité musicale. À suivre.

À écouter : Dehors, América, Ça va

7,2/10

Par Olivier Dénommée

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