Entre le jazz et la java – Andrea Lindsay

andrea-lindsay-jazzSorti le 18 novembre 2016

La chanteuse francophile Andrea Lindsay s’était tenue tranquille depuis son album en duo avec Luc De Larochellière en 2012. Pour son retour sur disque, elle se lance dans un nouveau registre : un album jazz chanté essentiellement en français. Elle a fait appel au guitariste Jordan Officer pour la réalisation et répond, en quelque sorte, à un manque encore cruel d’albums jazz chantés en français.

Par contre, comme peu de chansons jazz ont été écrites pour la langue de Molière, la plupart des pistes sont tirées du registre populaire, particulièrement dans la chanson française, puis adaptées pour l’occasion. Cela donne Entre le jazz et la java, un titre qui laisse que peu de place à l’imagination.

C’est la chanson-titre qui démarre l’album. Basée sur la version qu’a faite Claude Nougaro de la composition Three to Get Ready de Dave Brubeck, elle présente une interprétation bien sentie, mais qui ne règle pas le problème de phrasé existant depuis des décennies : la portion «Il y a de l’orage dans l’air, il y a de l’eau dans le / Gaz entre le jazz et la java» est toujours un peu frustrante pour l’oreille. Enfin, passons.

La chanson suivante, le standard Plus je t’embrasse, laisse plus de place à la belle voix de la chanteuse, bien appuyée par ses musiciens et bien sûr le guitariste qui a un solo bien senti à offrir, sans voler la vedette. Cette simplicité compte parmi les beaux moments de l’albums, avec d’autres beaux titres comme Les choses inutiles, Boom Goes My Heart (la traduction française est boiteuse, mais reste agréable à écouter), C’est magnifique, et la finale Tout doucement.

Par contre, c’est la chanson française, aux textes souvent étranges, qui dominent. Le poinçonneur des lilas de Serge Gainsbourg n’a pas particulièrement bien vieilli. La chanson de Diane Tell Les cinémas-bars a été reprise de façon moins dynamique ici (pour coller à la vibe smooth jazz de l’album). Et J’ferme pas juste, une traduction par Michel Rivard de Twisted, est tout sauf naturel, en plus d’avoir été chanté avec un accent plus près de celui de la France que du Québec qui rend l’interprétation d’Andrea Lindsay laborieuse. Parmi les textes étranges de l’album, le plus sympathique est certainement La java des bombes atomiques de Boris Vian qui ne manquera pas de faire sourire les auditeurs.

Le sentiment face à cet album est mitigé : la majorité des chansons choisies sont bien interprétées, dans une ambiance qui se prête bien pour la période des fêtes (certains débuts de chansons rappellent la musique de Noël, dont le début de Les choses inutiles), mais le choix de plusieurs titres laisse perplexe. Toute chanson n’est pas nécessairement bonne à reprendre. Résultat : on se retrouve un album avec plusieurs très belles chansons, quelques chansons qui font sourciller, et quelques chansons qu’on oublie instantanément, se fondant à l’ensemble sans sortir du lot. Quelque chose me dit aussi qu’un amateur de chanson française aura aussi un peu plus de facilité à apprécier l’opus.

À écouter : Les choses inutiles, Boom Goes My Heart, La java des bombes atomiques

7,3/10

Par Olivier Dénommée

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