Bienvenue à Enfant-Ville – Philippe Brach

philippe-brach-bienvenueSorti le 2 novembre 2016

Le coloré Philippe Brach a lancé à l’automne 2015 son deuxième album studio, Portraits de famine, rapidement remarqué par le public et par la critique. En vue d’un spectacle intitulé Bienvenue à Enfant-Ville organisé au Club Soda dans le cadre du Coup de cœur francophone l’année suivante, il a laissé entendre quelques version modifiées de ses dernières chansons, enregistrées en sons 8 bits (rappelant celle des jeux vidéo dans les années 80 et au début des années 90 ou encore celles des vieux karaokés). Il n’est pas clair si c’était déjà planifié ou si c’était la pression du public qui a eu un effet, mais l’album Bienvenue à Enfant-Ville, reprenant (presque) intégralement Portraits de famine, a été offert quelques jours seulement après le spectacle en question.

Ce projet de remix a quelque chose de très audacieux, même si les sons rétro sont à la mode ces dernières années : elle font découvrir un côté complètement différent de Philippe Brach. Les mélodies sont, évidemment, identiques, mais les arrangements offrent une relecture intéressante qui plaira aux nostalgiques d’une autre époque (où Brach lui-même n’était pas très vieux, d’ailleurs).

Tous les titres ont été modifiés pour l’occasion. La pièce-titre Portraits de famine devient Moulin mystère, par exemple. On y entend des sons MIDI et beaucoup d’effets spéciaux. On doit d’ailleurs ces arrangements à La Controverse (Gabriel Desjardins), constate-t-on sur Bandcamp.

Après cette intro, Tracas toc toc démarre véritablement l’opus. On se sent immédiatement plongés dans les années 80 avec cette relecture rythmée de Né pour être sauvage. Il faut dire que malgré ce remix réussi, on sent un petit abus des effets sonores clichés, qui minent légèrement l’expérience. Cet album a quelque chose de parodique, c’est évident, mais cela n’enlève pas le droit à des chansons réinterprétées avec un certain sérieux. On peut faire les mêmes commentaires pour Dhalsim Dance (Crystel), voire une certaine redondance vu l’absence des paroles pour meubler les mélodies.

Ce n’est qu’à Voute du vautour (Si proche et si loin à la fois) que l’on semble prendre les choses plus au sérieux, avec des arrangements qui se défendent très bien et qui auraient pu passer à la radio… à l’exception du segment au milieu de la piste (les bruits de champignons de Mario Bros. étaient de trop).

Au fil de l’écoute, on redécouvre certaines chansons d’une autre façon, pour le meilleur ou pour le pire. La valse ludique Méli-mélasse (Alice) change complètement le ton, perdant toute sa force de la version originale. Mais la mélodie du refrain de Mine de marmottes (basée sur Monsieur le psy) est beaucoup moins forcée à nos oreilles, grâce au fait qu’elle soit instrumentale et plus modérée dans le mix. Et que dire de Flaque vanille, reprenant avec brio l’ironique Bonne journée? Ce sont les petits détails qui donnent l’impression d’avoir quelque chose de complètement différent. Si Bonne journée était un peu un heureux intrus dans les arrangements originaux, cette relecture cadre parfaitement avec l’ambiance de Bienvenue à Enfant-Ville.

Si Chariot calcinateur (Héroïne) accroche toujours aussi peu, Plaine de beignes (L’Amour aux temps du cancer) nous transporte presque dans l’univers des Pokémon avec sa musique entraînante et bon enfant. Mention à la nouvelle version de D’amour, de booze, de pot pis de topes, intitulée Chaudron du chimpanzé, et à Glacier glamour, version particulièrement enlevante de Père parti, mère mono, fils fendu, fuck les flos.

Après quelques remix convaincants, on finit avec Plage koopable, qui ne rend pas tout à fait justice au ton de Le bonheur tousse moins qu’avant. Finalement, seule Divagation parlementaire n’aura pas été reprise ici, pour des raisons évidentes.

Après avoir longuement écouté les deux versions, il est intéressant de constater que les chansons fortes ne sont pas nécessairement les mêmes. Pourtant, elles ont bien les mêmes mélodies, les mêmes suites d’accords, mais le traitement différent donne des résultats parfois très divergents. C’était un très bel exercice de style auquel s’est adonné La Controverse pour Philippe Brach. On aurait seulement préféré que les arrangements aient été pris plus au sérieux, malgré le comique de l’exercice.

Vous pouvez notamment écouter et vous procurer cet album sur Bandcamp.

À écouter : Voute du vautour, Flaque vanille, Glacier glamour

7,3/10

Par Olivier Dénommée

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