La storia di Orfeo – Philippe Jaroussky

Sorti le 3 mars 2017

Le contre-ténor Philippe Jaroussky est l’un de ceux qui se passent de présentation. Le chanteur français avait depuis longtemps envie de présenter un album qui recréerait le mythe d’Orphée, déjà mis en musique maintes et maintes fois. Jaroussky se concentre ici sur le travail de trois compositeurs majeurs : Claudio Monteverdi, Luigi Rossi et Antonio Sartorio. Le tout est enregistré avec l’orchestre I Barocchisti et le Chœur de la Radio-Télévision suisse italienne sous la direction de Diego Fasolis. Il collabore également avec la soprano hongroise Emöke Baràth, qui assure la partie d’Euridice.

On ouvre avec la très délicate Sinfonia de l’Orfeo de Sartorio, pièce instrumentale très appropriée pour effectuer l’entrée en matière. Ironiquement, c’est la voix veloutée de la soprano Emöke Baràth qui se fait entendre la première, qui est rapidement rejointe par celle de Jaroussky, aussi agile qu’à l’habitude dans Cara e amabile catena, toujours du même compositeur. Monteverdi fait son entrée toute en puissance avec le chœur Vieni, Imeneo … Laschiate i monti qui se fait davantage sentimental à son commencement puis tout à coup festif et joyeux à mi-chemin. On passe ensuite à Mio ben, teco il tormento, l’air d’Euridice ici interprété magnifiquement par la soprano entendue plus tôt. Sa voix soyeuse est parfaite pour les mélodies de Rossi que la musicienne sait porter sans relâche.

L’une des pièces marquantes de ce disque est la très rythmique Vi ricorda, o boschi ombrosi qui met en vedette Philippe Jaroussky en Orphée, un véritable délice! On sent quelques inspirations espagnoles dans cet air vif dont le legato est impeccable. Un peu plus loin, on est sous le charme du contre-ténor dans Lagrime, dove sete?, un air déchirant de Luigi Rossi où les dissonances prennent tout leur sens et nous brisent le cœur en miettes. On  sent déjà un peu plus de retenu émotive  dans le morceau suivant, È morta Euridice, cette fois-ci de Sartorio. Le drame se poursuit toujours, quelques titres plus tard, avec Laschiate Averno, avant dernière pièce de l’album. Le long air de six minutes exprime le désir de mort d’Orphée qui a perdu son Euridice, sa raison de vivre. Cependant, l’Amour intervient dans la pièce finale pour ramener sa bien-aimée à la vie et ainsi empêcher Orphée de se donner la mort. C’est ainsi que Amor vero e salda fé, chantée par le chœur, clôt ce mini-opéra réinventé.

Philippe Jaroussky signe ici un projet audacieux et unique. Le passage d’un compositeur à l’autre est tout à fait réussi et on en tire le meilleur de chacun. C’est vraiment fabuleux de pouvoir compter sur des musiciens comme Jaroussky pour innover et tenter de présenter du matériel créatif et original, dans la mesure où il permet de mettre en lumière des œuvres moins connues. Un disque à se procurer, sans aucun doute.

À écouter : Vieni, Imeneo… Laschiate i monti, Mio ben, teco il tormento, Lagrime, dove sete?

7,8/10

Par Audrey-Anne Asselin

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