Santa Barbara – Gab Paquet

Sorti le 20 octobre 2016

Aujourd’hui, le mot kitsch a pris un sens tellement péjoratif que les artistes font tout en leur pouvoir pour s’éloigner de la clichée chanson à l’eau de rose avec une mélodie archi-simple et des arrangements qui viennent camoufler un contenu souvent assez limité. Puis il y a Gab Paquet, auteur-compositeur-interprète de Québec qui fonce à pieds joints dans ce mouvement qu’on croyait avoir laissé dans les années 80. Son dernier album, Santa Barbara, nous plonge dans un fantasme rétro bien à lui.

La chanson-titre Santa Barbara nous met immédiatement dans le bain avec des onomatopées fredonnées sensuellement. La force de Gab Paquet ne repose pans dans ses mélodies, archi-simplettes, mais plutôt dans les arrangements qui crée, malgré nous, une certaine nostalgie. Comme si on connaissait la chanson depuis 30 ans même si c’était la première fois qu’on l’entendait. Si la première chanson est particulièrement douce, les suivantes, Ton appel à frais virés puis Coach de vie, y vont d’un son plus électronique, mais surtout plus entraînant. On ne s’attardera pas particulièrement aux sujets, mais disons qu’on a du matériel pour se mettre un sourire dans le visage.

Puis on tombe dans l’ultime chanson quétaine, La femme en moi. Si c’était une chanteuse qui interprétait une telle chanson, ça passerait dans du beurre, mais Gab Paquet insiste tellement à répéter «la femme en moi» aux deux lignes que l’on ne peut faire abstraction du petit malaise créé, qu’on devine quand même intentionnel de la part du chanteur.

Les voyous nous donne l’impression que Gab Paquet se prend pour Mario Pelchat. Il en va des goûts personnels de chacun pour dire si c’est une qualité ou un défaut. Quant à Diamants, on sent une certaine inspiration de Tout simplement jaloux de Beau Dommage.

Quant vient Voyage astral, on a une impression de déjà entendu. C’est parce que la mélodie reprend en partie celle de Santa Barbara, sur un rythme plus entraînant et un son plus chargé. C’est en fait à partir de là qu’on sent quelques répétitions qui peuvent déranger, puisque dans la même chanson, il mentionne «la langue de Shakespeare» et «la langue de Cervantes» (au lieu de dire anglais et espagnol), et utilise de nouveau ces formulations dans Californie, ajoutant aussi «la langue de Molière». C’est juste un peu étrange de ne jamais nommer les langues directement, surtout que cette formulation n’améliore pas particulièrement la trame poétique. Californie, la dernière piste de l’album, a même droit à une portion à la Joe Dassin, parlée plutôt que chantée. Décidément, Paquet choisit bien ses références.

Entendons-nous : l’album Santa Barbara reprend et s’approprie avec succès plusieurs clichés d’une autre décennie, et s’adresse avant tout aux amateurs de cette autre époque. On ne réinvente rien, mais il faut admettre que c’est impressionnant de voir un artiste de moins de 50 ans jouer dans ce registre qui n’existe plus vraiment aujourd’hui. Évidemment, amateurs de musique «moderne», passez votre chemin. Sinon, c’est gênant à dire, mais c’est la meilleure musique quétaine que j’ai entendue depuis un bout.

L’album Santa Barbara se trouve entre autres sur Bandcamp.

À écouter : Ton appel à frais virés, Coach de vie, Diamants

7,6/10

Par Olivier Dénommée

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