Take Me to the Alley – Gregory Porter

Sorti le 6 mai 2016

Depuis son premier album en 2010, le chanteur américain Gregory Porter retient régulièrement l’attention. Il a été en nomination pour son premier album et a gagné le Grammy de l’album jazz vocal de l’année avec son troisième, ce qui a décuplé l’attention accordée à la sortie de son quatrième, Take Me to the Alley, en 2016. Au risque d’étouffer le suspense, il a aussi remporté le titre en 2017.

Gregory Porter est un jazzman comme il s’en fait peu. Premièrement, c’est un des rares chanteurs mâles relativement jeunes à percer autant. Deuxièmement, il compose presque toutes ses chansons, s’éloignant donc de la vague de vocalistes qui se contentent de reprises de standards pour faire leur succès. Troisièmement, son couvre-chef le rend reconnaissable entre tous, mais cela ne s’entend évidemment pas sur album.

L’album contient deux énergies très distinctes : environ les deux tiers des chansons tombent dans un registre doux, voire langoureux, qui met l’accent sur la voix chaude et rassurante de Porter. Cela s’entend dès la première piste, Holding On. L’instrumentation se fait discrète pour laisser toute la place à sa voix. Cela n’empêche pas un petit solo de trompette avec sourdine, histoire de nous rappeler que c’est bel et bien un album de jazz. Ces petits segments, souvent à la trompette ou au sax, nous rappellent qu’on n’a pas affaire à un album de jazz avant-gardiste, mais bien à un opus agréable pour l’oreille qui plaira à un large public.

L’autre tiers offre des compositions plus énergiques où Porter veut nous faire taper du pied en entendant ses mélodies plus rythmées. Don’t Lose Your Steam entre dans cette catégorie, et nous ajoute même des lignes de vent qui ne sont pas sans rappeler des chansons de Stevie Wonder.

L’album sera une belle succession de ces deux variations, chose assez commune, certes, mais toujours bien efficace. La portion la plus agréable sera certainement celle composée de morceaux plus sentimentaux, laissant apprécier davantage les mélodies de Gregory Porter. C’est le cas, notamment, de la chanson-titre Take Me to the Alley, de la très belle Consequence of Love, de More than a Woman, de Insanity et de Don’t Be a Fool. Reste In Fashion, belle chanson particulièrement forte au refrain, mais qui tombe un peu à l’eau lorsque Porter se met à faire un scat plus ou moins convaincant. La dernière minute de cette piste, autant incontournable, aurait pu être coupée. Dommage!

De l’autre côté, on a droit à quelques morceaux plus rapides, comme Day Dream, qui semble s’approcher d’une certaine influence RnB, mais aussi In Heaven, Fan the Flames et French African Queen, qui termine l’opus. Par contre, elles ne viendront jamais autant nous chercher que les morceaux doux, qui mettent bien plus en valeur la matière première de l’album : la voix de Gregory Porter. Cela fait qu’on peut se demander si c’était la meilleure idée de finir avec French African Queen.

Rappelons que cet album a gagné les grands honneurs plus tôt en 2017, donc malgré ses défauts, cela reste quelque chose de très grand public sans tomber dans le bonbon. Il y a une belle tentative de la part de Porter, et cela a été remarqué par l’industrie et par les mélomanes. Mais reste-t-il de la place pour un autre album encore meilleur? Oui, aisément! Si le chanteur se concentre sur ses forces, il a encore de très belles années devant lui.

Version deluxe

Si vous n’en n’avez pas assez d’un album de jazz vocal de 51 minutes, il existe une version avec deux chansons supplémentaires. Attention : ces pistes sont deux reprises de chansons qui sont déjà sur l’album, retravaillées avec de nouvelles voix et des ajouts les faisant tomber dans le côté RnB. Les chansons choisies sont Holding On et Insanity. Notons que si la ligne vocale de Lanah Hathaway dans Insanity est extrêmement prévisible, cela reste une chanson qui semble avoir été écrite pour être chantée à deux. Mais non, on ne peut pas parler d’un ajout significatif à l’album.

À écouter : Holding On, Consequence of Love, More than a Woman // Deluxe : Insanity

7,7/10

Par Olivier Dénommée

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