Arvo Pärt: Portrait – Angèle Dubeau et La Pietà

Sorti le 2 mars 2010

La série de portraits réalisés par Angèle Dubeau et son ensemble La Pietà s’est intéressée au compositeur estonien Arvo Pärt (né en 1935 et toujours vivant) en 2010. Œuvrant dans le registre de la musique contemporaine «minimaliste» (le compositeur semble refuser cette qualification) et religieuse, Pärt vient apporter une lenteur méditative qui est à des années-lumière du train de vie de la société actuelle. C’est un peu ce que tente de transmettre l’album Arvo Pärt: Portrait.

La plupart des pièces reprises sont des compositions de 1977 et 1978, période où Pärt a écrit ses œuvres les plus marquantes. On commence justement par Summa (1977), où on se laisse envahir par une musique qui, c’est ambigu, semble à la fois lente et très rythmée. Chaque nouvelle note semble être un changement d’accord, chose qui est un peu devenu la marque de commerce du compositeur. Son matériau de base est, après tout, l’accord à trois sons de base… «l’accord parfait».

Après cette première piste on entend la cloche tubulaire en introduction de Cantus in Memoriam Benjamin Britten, écrite en mémoire du compositeur du même nom, décédé en 1976, soit quatre ans avant la composition de cette œuvre. Sa lourde mélancolie nous laisse comprendre la douleur que ressentait Pärt en pensant à la mort de ce compositeur qu’il estimait beaucoup et qu’il aurait bien voulu rencontrer.

Retour en 1977 avec Tabula Rasa, composée en deux parties. On change drastiquement de registre, passant au concerto grosso baroque pour l’occasion. Si ces deux longues pistes (totalisant près de 26 minutes) nous éloignent de l’image qu’on se fait de la musique de l’Estonien, cela fait partie du défi de montrer les différentes facettes du compositeur. Enfin, même si la composition semble s’apparenter à un intrus, on remarque quand même une certaine simplicité qu’on ne retrouve normalement pas dans un concerto, un forme mettant de l’avant la virtuosité du ou des solistes. On l’entendra davantage dans la seconde portion, Silentium, qui revient à l’extrême lenteur, mais qui étire un peu la sauce de par ses nombreuses répétitions. Peut-être qu’une version légèrement abrégée du second mouvement aurait pu être considérée, étant donné le contexte de l’album qui s’adresse plus au grand public qu’aux puristes?

Reconnu pour sa musique instrumentale Pärt a pourtant aussi composé de la musique vocale. Wallfahrtslied (Pilgrim’s Song) est l’une d’elle et a été ajoutée sur l’opus. La chorale masculine dirigée par Matthias Maute nous ramène dans un tout autre siècle. Il y a aussi un petit quelque chose de lugubre à entendre ces chants en allemand sur une musique à cordes qui ajoute à l’intensité dramatique. Changement drastique : Mozart-Adagio passe à un registre plus classique et chantant pour violon, violoncelle et piano. Parce que pourquoi pas?

Puis, pour finir, Spiegel im spiegel (1978). Ce n’est pas un hasard qu’Angèle Dubeau ait gardé cette œuvre-phare de Pärt pour la fin, étant une véritable référence dans le registre lent et berçant.

Quant à la performance de Angèle Dubeau et La Pietà en général, rien à redire : l’ensemble offre une interprétation sobre, mais poignante et, on l’imagine, assez fidèle au message qu’espérait transmettre Pärt en composant ses pièces. Personne ne sera surpris d’apprendre que la piste composée par Pärt la plus écoutée sur Spotify est la version de La Pietà de Spiegel im spiegel, avec près de 7 millions d’écoutes.

Cela prend, on l’imagine, une certaine audace pour tenter de faire découvrir au grand public un album de 7 pistes qui totalise plus d’une heure de matériel. Arvo Pärt est un compositeur contemporain essentiel et encore méconnu, et ce portrait est certainement un bon premier pas pour certains curieux qui apprécient le côté très introspectif de ses plus belles compositions et de ces interprétations sensibles. Le seul bémol, c’est qu’on peut s’attendre à ce que l’auditeur moyen ne décide de garder que la moitié des pistes qui sont véritablement introspectives, plutôt que de savourer la diversité de la musique de Pärt. Au moins, l’effort a été fait, même si le résultat n’a probablement le même impact qu’aura Ludovico Einaudi: Portrait en 2015.

À écouter : Summa, Cantus in Memoriam Benjamin Britten, Spiegel im spiegel

7,8/10

Par Olivier Dénommée

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