Utopia – Björk

Sorti le 24 novembre 2017

La musicienne aux inspirations multiples se passe généralement de présentation. Avec ces looks extravagants et son désir de repousser sans cesse les limites de la musique populaire, Björk se fait un devoir d’amener ses concepts toujours un peu plus loin. Son tout nouvel album, Utopia, n’en fait d’ailleurs pas exception.

Arisen My Senses ouvre l’opus tout en richesse avec des textures sonores audacieuses, mixages sonores particuliers et un mélange des voix tourbillonnant. Sans faire de mauvais jeu de mot, les sons surgissent de partout et nos sens se doivent d’être bien à l’affût pour apprécier la pièce somme toute assez chargée. Déjà avec Blissing Me qui vient juste après, on peut se détendre et profiter du moment. Beaucoup plus simple et douce, la chanson repose sur une ligne vocale principalement accompagnée par la harpe. Quelques harmonies vocales sont ajoutées pour enjoliver le tout (nous faisant brièvement penser à ce que peut produire l’auteure-compositrice-interprète britannique Imogen Heap). Bien sûr, le tout prend de plus en plus d’ampleur au fil du temps, et vraiment, la chanson a de quoi se tailler une place parmi nos favorites.

Passons maintenant à Body Memory qui frappe par la marginalité de sa mélodie, qui se situe entre la voix parlée et chantée, mais aussi par sa longueur (9min46). On y remarque aussi davantage l’accent particulier de Björk, d’origine islandaise. Sans être le genre de chanson qu’on se rejoue en boucle, on peut tout de même apprécier la recherche et le travail derrière ce drôle de morceau. D’ailleurs, la presque entièreté du long jeu nous place dans un état émotionnel particulier, à mi-chemin entre le bien-être et le malaise constant.

Avec cette idée en tête, il est plus facile d’apprécier des pièces comme Utopia, qui nous rappelle même vaguement Stravinsky avec son introduction où un duo de flûtes se donne la réplique. La musique vous paraîtra, oui, agressante par moments, mais après quelques écoutes on s’y habitue. Des morceaux comme Features Creatures ou Courtship seront un peu plus accessibles à l’auditeur moins habitué à autant de dissonances entre les sons. Cette succession de titres tous aussi osés les uns que les autres nous amène vers Loss, une autre chanson plutôt longue (6min51) qui explore différentes textures sonores. On peut y entendre la harpe (omniprésente tout au long de l’album d’ailleurs), mais aussi différents sons perturbateurs, sollicitant encore une fois notre ouverture d’esprit en tant qu’auditeur. On va appliquer sensiblement le même concept à Sue Me, si ce n’est de la section rythmique qui se fait plus présente que nulle part ailleurs dans l’opus.

Peu après, Björk place les flûtes une dernière fois en valeur dans la très jolie Paradisia qui, malgré plusieurs frottement entre les notes, est ce qui s’approche le plus d’une musique instrumentale conventionnelle. Ça fait aussi une superbe intro vers Saint, une charmante pièce vocale, très pure et toute en finesse. Pas besoin de beurrer épais pour arriver à un résultat agréable ET intéressant à la fois. Cette avant-dernière piste de l’album nous restera aisément en tête. C’est finalement Future Forever qui vient poser la touche finale au projet, en amenant la même simplicité que la piste précédente avec elle. On sent définitivement une connexion entre les deux dernières pièces de l’opus, qui semble vouloir se terminer sur une touche plus saine et apaisante.

Définitivement, Björk cherche à nous faire vivre diverses émotions. N’est-ce pas là d’ailleurs le but premier de la musique? Nous faire réagir, ressentir certaines émotions ou malaises qui nous sont moins familiers? Même si ce n’est pas un album pour tous (incluant la personne qui parle), se prêter à l’exercice est une expérience enrichissante qui nous permet de réfléchir et de voir un peu plus loin que ce que l’on entend sur la scène musicale dite populaire. Il est rafraîchissant qu’une artiste reconnue par le grand public telle que Björk se rapproche autant de la musique classique contemporaine, nous permettant de mettre celle-ci davantage en lumière.

À écouter : Blissing Me, Loss, Saint

8/10

Par Audrey-Anne Asselin

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