Visions – Grimes

Sorti le 31 janvier 2012

Le processus créatif derrière Visions, le troisième album de Grimes (alias Claire Boucher) était pour le moins particulier : elle s’est enfermée seule dans son appartement de Montréal (à l’époque où elle y vivait!) pendant plusieurs jours, bloquant même les fenêtres, et a tout enregistré en utilisant le logiciel GarageBand. Cet album très DIY, jusqu’au mixage et à la pochette, a été acclamé par la critique à sa sortie en 2012.

La musique de Grimes est assez dure à décrire dans un style précis. Elle touche autant à la synthpop qu’au art pop et à l’expérimental. On entend son côté expérimental dès l’intro de l’album, Infinite Love Without Fulfilment. Après ce bref moment de malaise, on se reprend très vite avec Genesis, aussi le premier extrait de l’album en plus d’être très énergique et rassembleur. Après 3 minutes, on a déjà oublié qu’elle a enregistré le tout sur GB. S’ensuit Oblivion, un peu plus agressive musicalement, mais presque aussi contagieuse.

Déjà un interlude : Eight propose une sonorité synthpop très lourde, non loin de la frontière de l’industriel. Il laisse ensuite la place au build-up très électro de Circumambient. Somme toute efficace, mais on sent que la musicienne en fait un peu trop ici. On préfère Vowels = Space and Time, juste après, avec une mélodie mémorable et un hook réussi sur une musique déjà plus «enjouée» (pour du Grimes, on s’entend). Les quelques chansons suivantes, Visiting Statue, Be a Body et Colour of Moonlight (Anticochus),  retournent vers cette lourdeur étouffante, tout en restant très pop dans sa mélodie de Be a Body. Le résultat est mitigé à l’oreille non avertie, mais il faut admettre que c’est très réussi de sa part.

On atteint toutefois un autre niveau dans ses arrangements avec Symphonia IX (My Wait Is U) : les diverses couches sont en harmonie et ont toutes leur place dans la chanson. Par contre, la dernière minute de la chanson, qui change complètement de ton, aurait pu être coupée. Surtout que l’on retourne à la pop très énergique et archi-mémorable avec Nightmusic. Dans ce cas-ci, ce sont peut-être les 30 dernières secondes qui étaient de trop. S’ensuit la complexe Skin, qui dure plus de 6 minutes, mais qui contient beaucoup de belles choses. On a presque terminé : Grimes a décidé de conclure avec Know the Way, avec une douceur qui ne fait franchement pas de tort. On aurait préféré qu’elle dure plus longtemps, celle-là!

L’album Visions n’est pas toujours un album aisé à écouter, comme Grimes ne semble pas le genre d’artiste à accepter de tomber dans la vraie pop sans lui donner une twist plus expérimentale assez rapidement. On entend quand même quelques petites bijoux à travers l’opus, et on comprend assez bien pourquoi plusieurs ont considéré l’album comme le meilleur paru en 2012. Visions a, on le sent, aussi tracé la voix qui l’a menée, trois ans plus tard à enregistrer Art Angels.

À écouter : Genesis, Nightmusic, Skin

7,8/10

Par Olivier Dénommée

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