Liqueur – Fanny Bloom

Sorti le 9 mars 2018

Depuis le début de sa carrière solo, Fanny Bloom a pris l’habitude de tenir occupés les médias québécois qui n’ont, pour la plupart, pas osé manquer une seule de ses sorties. Sa précédente offrande, un album de réinterprétations minimalistes piano-voix, avait déjà deux ans quand elle a lancé Liqueur, son troisième véritable album solo. Décrit comme l’arrivée du printemps hâtif, cet opus à la pop assumée est aussi le fruit de séances d’écriture plus spontanées de la part de l’auteure-compositrice qui éprouvait le besoin de se renouveler.

… Et franchement, après avoir entendu certaines compositions, on n’a aucune difficulté à imaginer Fanny Bloom les improviser, spontanément, sans se demander si c’est vraiment album-worthy. Plusieurs pistes contiennent des éléments agaçants, lorsque ce ne sont pas les chansons complètes que l’on préfère éviter.

Commençons avec une des réussites : Petit bois ouvre l’album avec une musique aux accents électroniques ensoleillés, appuyant un refrain kitsch mais, admettons-le, plutôt réussi. Cette première piste laisse simplement entrevoir un album pop agréable et cette idée de nous est pas désagréable. On gâche pourtant rapidement cette idée avec On s’aimera et sa bête mélodie au couplet qui gâche tout, y compris celle, beaucoup plus potable, qui nous attend au refrain. Après plusieurs écoutes, on peine toujours à ne pas automatiquement sauter cette piste, avec laquelle le ration bonne toune/malaise musical est vraiment trop peu avantageux. Vraiment dommage!

Puis la suivante est Jaser jaser, qui semble s’être fait un point d’honneur de faire encore pire. Encore là, le refrain est intéressant, mais pour y arriver, il faut endurer ses longs couplets où elle semble réciter n’importe quoi… Lisez les paroles et passez vite à la prochaine!

Petit moment de répit avec Queue leu leu. On hésite sur la nécessité de tomber dans un morceau électronique aussi assumé (effets dans la voix inclus) après une intro aussi intimiste, mais au moins l’exercice n’est pas un malaise complet. C’est encore plus convaincant avec la sympathique et énergique Château fort, qui mise à la fois sur une instrumentation bien punchée et sur des mélodies accrocheuses. Quant à Lily, cette belle pièce essentiellement piano-voix, elle nous rappelle que Fanny Bloom est encore capable de composer de belles choses qui viennent des tripes, sans essayer d’en faire trop.

Après ce passage agréable, Juré craché reprend ses mauvais plis. Le sujet traité maladroitement, le couplet inintéressant et le refrain qui tente de se racheter en passant à l’anglais, rien ne nous y retient. On passe rapidement à Sous les néons, qui revient à l’essence : une chanson bien au build-up assumé et aux mélodies qui donnent envie de poursuivre l’écoute. Ça mène à un refrain un peu cliché, chargé de «oh-é», mais c’est très endurable. S’ensuit une collaboration avec Karim Ouellet pour Nos cœurs. Bémol : toutes les chansons qui font appel à la voix de Ouellet finissent par sonner à peu près pareil, et celle-ci ne fait pas exception. Cela reste une mélange vocal intéressant et le résultat correspond bien à la prétention estivale de l’album, mais il manque un peu d’effet de surprise!

L’écoute se poursuit avec Au réveil, qui n’offre pas de mélodies fortes, mais plutôt sur des arrangements plus réussis. Ça se tient et ça s’écoute étrangement bien, et ça nous guide doucement vers la finale, la chanson-titre Liqueur. Un morceau qui nous ramène tout droit dans le RnB des années 90. Les clichés sont là, mais c’est bien fait et exploité avec goût. Et surtout, les mélodies, qu’on a aimé critiquer tout au long de l’album, sont ici impeccables. Après un album en montagnes russes comme celui-ci, on apprécie cette finale avec quelque chose de sûr et qui fait du bien.

Lorsqu’on prend individuellement les chansons, on a droit à quelques petits bijoux, plusieurs chansons très écoutables, et quelques atrocités. Mais en tant qu’album, les atrocités en question ressortent tellement qu’elles en minent notre appréciation de l’album. Cet album n’enlève rien au talent de Fanny Bloom, mais on sent que sa tentative d’aller ailleurs a été à double tranchant. On reste curieux : comment arrivera-t-elle à monter un spectacle avec ses nouvelles chansons, tout en respectant ses anciennes?

Il est notamment possible d’entendre ses chansons sur Bandcamp.

À écouter : Château fort, Lily, Liqueur

5,7/10

Par Olivier Dénommée

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