Jouer dans l’trafic – Les Royal Pickles

Sort le 6 avril 2018

La formation Les Royal Pickles est très active sur la scène swing montréalaise depuis sa fondation il y a quelques années. Elle compte déjà quelques sorties, incluant deux EP et même un album. On s’apprête à en ajouter un second à la liste, intitulé Jouer dans l’trafic, marquant un virage complètement francophone avec uniquement des compositions originales.

Février (Rhapsodie dans le trafic) sert d’intro instrumentale pour cet album, et démontre du même coup le savoir-faire musical des musiciens pour des arrangements un tantinet plus orchestraux. Cette ambiance correspond bien à l’énergie que dégage le début de L’air d’un fou, avant que l’orchestre se «réveille» dans le dernier tiers avec son énergique swing. En trois minutes, il faut dire que la composition va plutôt droit au but; on n’aurait pas détesté un peu plus de développement ici. Quant à Perdre le nord, on assume pleinement le côté plus lent et dramatique du groupe pour mieux regagner en énergie dans Calcul d’itinéraire, sympathique morceau instrumental.

L’écoute se poursuit avec la surprenante Lévrier, dont le seul bémol serait son côté parfois surchargé : on ne sait pas trop où donner de la tête entre la mélodie vocale et les arrangements instrumentaux bien présents. S’ensuit La somnambule, morceau berçant sans exactement l’être. Autre bémol : en fin de chanson, on a droit à une longue minute où il ne se passe pratiquement rien, à part une espèce d’incantation mixée trop bas…

Le groupe revient ensuite un peu plus dans sa zone de confort avec Une roue de secours, même si on est encore dans le mid-tempo. L’énergie sera bien de retour pour l’instrumental ludique Quand les nids de poule auront des dents. Alors que la plupart des compositions de Jouer dans l’trafic sont assez brèves (se maintenant généralement dans les 3 minutes), trois pistes d’affilée proposeront une durée de plus de 5 minutes : la lente et langoureuse Capharnaüm,  la légère Les bancs d’école et la bien construite La femme à barbe. Dans les deux premiers cas, il semble manquer un peu de sens du punch qui caractérise les morceaux plus courts du groupe, mais La femme à barbe nous surprend avec son build-up bien orchestré, en plus des paroles sous le thème du cirque. Mention aussi à la portion instrumentale très présente au début et à la fin de la chanson. Cela nous mène doucement à la finale À contresens, qu’on devine être un clin d’œil au parcours des musiciens du groupe.

Beaucoup de variété pour cet album d’une cinquantaine de minutes. Alors que Les Royal Pickles est associés au swing et au hot jazz, courants populaires dans la première moitié des années 1900, l’album bénéficie de couleurs plus modernes qui permettent de trop se répéter. Et c’est tant mieux parce que tout groupe de jazz vintage court le risque de rester pris dans un même pattern. En même temps, on sent que les musiciens, aussi talentueux soient-ils, ne sont pas aussi à l’aise dans tous les registres. Bref, pour un premier album consacré exclusivement à du matériel original, on sentait un désir d’exploration, qui devrait permettre à la formation de continuer à préciser ce qu’elle souhaite offrir à son auditoire.

À écouter : Perdre le nord, La femme à barbe, À contresens

7,4/10

Par Olivier Dénommée

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