Viens avec moi – Les Hôtesses d’Hilaire

Sort le 11 mai 2018

Un opéra-rock signé Les Hôtesses d’Hilaire? Quiconque connaît un peu le groupe risque de ne pas être siiii surpris de voir naître un tel album de la part de l’excentrique groupe acadien! Viens avec moi est une ambitieuse histoire parallèle de Serge qui roule sa bosse avec Les Hôtesses d’Hilaire et de Kevin qui devient une vedette instantanée. Un clin d’œil intéressant alors que la sixième saison de La Voix vient à peine de se terminer.

L’intro nous met tranquillement dans l’ambiance tout en nous demandant si on est prêts à embarquer dans cette folle aventure avec le groupe. On y entend un crescendo ponctué de réflexions reliées à ce qui s’y dira. Si sur le coup, ça n’a pas beaucoup de sens, mais c’est normal!

Le périple commence du côté du band avec la sympathique L’Acadie des terres et forêts. Et le refrain «Edmunston is the place to be» est simple mais parfait pour résumer l’énergie de la chanson. Petit paradis sur le bord de l’eau nous présent sur un fond rock’n’roll montrant l’ambition de Serge et des Hôtesses pour un jour faire de l’argent malgré son statut. Mention au clin d’œil fait au parcours de Louis-Jean Cormier et à la narration faite par Glenn, personnage récurrent du groupe qui permettra de mieux comprendre la direction de l’histoire. Remarquons que les narrations introductives aux chansons ont lieu à la fin de la piste et non au début. Dans le flow de l’album, ce n’est pas un problème, mais ça dérangerait celui qui ne voudrait pas nécessairement l’écouter intégralement.

On passe ensuite à l’histoire de Kevin avec Pousser la note sur une ballade rock psychédélique. Autre clin d’œil à La Voix où il s’admet être touché par l’histoire des participants plus que par leur talent vocal. Pendant ce temps, dans All in the Bus, Les Hôtesses d’Hilaire s’achètent un bus de tournée et tentent de conquérir le monde des festivals malgré «les usines à starlettes» et «les concours de karaokés glorifiés à la télé» qui leur font compétition. Cette pique plus qu’évidente à la populaire téléréalité est suivie de Pousser ma note de Kevin qui a remporté le cœur du public acadien en trouvant sa note, cachée dans le fond de son ventre. Le contraste est complet entre les deux points de vue, et pourtant, les deux semblent avoir de très bons arguments, mais il faut avouer que cette piste en particulier a quelque chose de très touchant et d’inspirant.

Smell the Money Baby introduit un nouveau personnage à l’histoire, celui de Julia, productrice du concours de talent Pousse ta note qui adore répéter «baby» ou «bébé» et qui est un véritable requin dès qu’il y a moyen d’exploiter quelqu’un pour faire de l’argent. On en sait encore davantage avec Post ta shit, doublée d’une critique de la société qui semble penser comme Julia sur l’importance d’être omniprésents dans les médias sociaux… Le tout sur une musique psychédélique rappelant les Doors de ce monde. Pourquoi ne pas ensuite ajouter un personnage à l’histoire? Un certain Lucien, ancienne vedette qui a connu le succès dans les années 80, qui partage quelques mots, et quelques champignons, dans L’éveil de Kevin.

Puis, pendant que Kevin déjante de son succès sur lequel il n’a aucun contrôle (la très longue Microdosing), les choses ne sont pas roses pour Serge non plus (Le calvaire de Serge), où il veut lâcher son band. Il tombe ensuite dépendant de la cocaïne dans l’énergique, quoiqu’un peu clichée, P’tite clé Bé, et pète les plombs dans Fuck shit up! en quittant le groupe. C’est du moins ce qu’on comprend puisque Comme chum lui demande de revenir sur une brève ballade émotive.

Retour à Julia qui veut convaincre Kevin de revenir sur scène sur l’énergique et très soul Spread the Love. Il réplique avec Mangez tout’ un char. On devine une référence à James Brown chaque fois qu’il crie «I feel so good» même si l’essence de la chanson est plutôt critique envers tout le monde qui a permis de l’instrumentaliser par le passé.

Pendant ce temps, Serge sombre depuis qu’il est seul dans L’érotisme est mort, jusqu’à ce que Julia le découvre et lui offre un fauteuil dans son concours dans Hot Seat. Le narrateur Glenn n’est pas d’accord avec la fin de l’histoire, mais bon, ça se conclura quand même avec Obstacle émotionnel où Serge est devenu coach à Pousse ta note et se bat contre sa dépendance à l’alcool. Une petite lueur d’espoir pour finir, même si des questions semblent demeurer sur l’avenir des différents personnages. Une ou deux chansons de plus pour préciser leur sort aurait été intéressantes, même si l’opus totalise déjà 80 minutes!

Petit bilan de l’album : écouté sans support visuel particulier, Viens avec moi est un peu difficile à suivre, mais dès qu’on sait qui parle à travers la voix de Serge Brideau (le vrai), tout devient plus clair. En fait, quiconque a entendu Touche-moi pas là paru il y a quelques années a eu un bon aperçu de l’univers éclaté des Hôtesses d’Hilaire et de l’unique personnage de Glenn. On l’a aussi déjà dit, mais le fait que les introductions se trouvent à la fin des pistes déplaira à ceux qui ont envie de réécouter des chansons précises qu’ils ont particulièrement aimées. On comprend quand même que Viens avec moi se voulait être un monolithe épique de rock psychédélique acadien, ce qu’il est effectivement. Une interrogation demeure : comment le tout sera rendu sur scène? Ça semble un beau grand défi que l’on espère le groupe voir relever très prochainement.

À écouter : L’Acadie des terres et forêts, Pousser ma note, Spread the love

7,9/10

Par Olivier Dénommée

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