Alexandre Poulin – Alexandre Poulin

Sorti le 13 mai 2008

Grand spécialiste des histoires, Alexandre Poulin a vécu toute une histoire lui-même avant que son premier album homonyme puisse voir le jour. Repoussé à trois reprises, le lancement de sa première offrande a finalement eu lieu en 2008, après une dizaine d’années d’expérience de scène ici et au Costa Rica. Ceci explique possiblement un peu la grande maturité dont il a fait preuve sur cet enregistrement où il traite de tous les sujets sans tabou à travers ses personnages.

Plutôt folk dans son approche musicale, Poulin se permet quelques envolées plus rock à l’occasion. C’est d’ailleurs ainsi qu’il démarre l’album avec La voyante. Un chanson fort bien écrite qui dénonce entre autres la naïveté de ceux qui prennent les paroles de leur voyante pour du cash. C’est toujours plus marquant quand l’histoire mène à un suicide pour donner raison à ce qui a été prédit.

Sur une note plus légère, Un bout de temps semble être plus personnelle, racontant le parcours de Poulin en Amérique du Sud avant de revenir au Québec. Son côté plus pop se démarque de la plupart du reste de l’opus, bien que la suivante, La cigale et la fourmi, offre aussi un refrain chantant à souhait sur cette audacieuse relecture de la fable de La Fontaine.

J’pense montre tout le talent d’écriture de Poulin, offrant une belle escalade sur les réflexions spontanées de l’artiste. La rumeur veut que si on fouille au troisième et au quatrième degré, on peut comprendre le lien profond qui lie ses paroles en apparences aléatoires. S’ensuit la chanson coup-de-poing La p’tite Rosalie, critique sévère de notre échec comme société en ignorant le malheur nous entourant. Dix ans avant la série Fugueuse qui a frappé le Québec de plein fouet, Alexandre Poulin vise dans le mille. Son refrain, «Ouais, mais ça va ben», vient nous achever. Un dur incontournable de l’album.

Plus près du quotidien, Roméo et Ginette décrit un couple tout ce qu’il y a de plus ordinaire, mais d’où émane pourtant une certaine beauté. Notons toutefois la ressemblance entre la ligne de guitare et celle de Te quitter de Daniel Bélanger. S’ensuit Rêve de ti-cul, histoire à laquelle de nombreux hommes qui ont joué au hockey pourront probablement se rattacher. Au contraire, Le carnet présente un personnage peu aimable qui tente maladroitement une énième conquête. On préférera le côté rêveur de La prière, une des chansons douces les plus accrocheuses.

Fernand marque l’esprit par sa critique de la perception de la richesse à travers la rencontre entre un millionnaire et un vulgaire pêcheur. Quant à La dernière lettre, elle aborde de façon touchante l’horreur de la guerre. L’album se termine avec Le confort du quotidien, chanson douce et poétique qui fait du bien.

Vraiment, en écoutant l’album Alexandre Poulin, bien malin serait celui qui peut deviner qu’il s’agit d’un tout premier album tellement la production est réussie et tellement l’artiste avait des textes forts à offrir. Toutes les pistes ne sont pas aussi chantantes, mais toutes ont un message plus que pertinent à partager. Alexandre Poulin se voit comme un conteur qui chante, mais il le fait très bien ici. D’autant plus que le compositeur a 1001 anecdotes à partager en spectacle, ce qui fait que c’est là que sa musique prend tout son sens.

À écouter : La cigale et la fourmi, La p’tite Rosalie, Fernand

8,2/10

Par Olivier Dénommée

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