Delta – Mumford & Sons

Sorti le 16 novembre 2018

Il n’y a pas si longtemps encore, le groupe britannique Mumford & Sons aidait à revigorer le mouvement folk en Occident sur la scène plus mainstream Le premier album, Sigh No More, et sa suite, Babel, ont grandement aidé à remettre ce genre sur la carte avec des mélodies fortes et des instrumentations sympathiques contenant notamment du banjo. Le groupe a ensuite délaissé son étiquette folk avec Wilder Mind, que l’on a décidé de bouder. La quatrième offrande du groupe, Delta, a ensuite été tellement démolie que l’on a décidé d’en avoir le cœur net : le bon Mumford & Sons fait-il vraiment partie du passé?

Le début de 42 est prometteur : une intro chorale avec un orgue en fond. Malheureusement, on change de ton peu après 30 secondes et on peine ensuite à retrouver nos repères. La dernière minute explosive justifie un peu ce changement, mais on se demande si le reste de l’album sera à l’image d’une chanson qui nous fait de fausses promesses.

Le début folk de Guiding Light nous fait retenir notre souffle, mais cette fois la piste assume ce registre. Elle gagnera en intensité au fil de l’écoute, et prendra des airs plus folk-pop dans la seconde moitié, mais demeure cohérente. Parlant de pop, plusieurs pistes joueront dans ce registre, comme Woman, la seconde moitié de Beloved (après un début folk prometteur), Slip Away (mentionnons quand même un crescendo intéressant et plutôt réussi) et If I Say (au refrain plus que cliché, mais aux arrangements travaillés).

Parmi les surprises de ce long album (plus d’une heure), nommons The Wild, qui livre un build-up puissant après avoir joué dans le registre très doux et minimaliste, particulièrement dans la dernière minute et demie. Ce n’est pas le genre de montées qu’on associe à ce groupe, mais ça rentre au poste, c’est officiel! Ça tranche avec October Skies, qui restera quant à elle dans la douce mélancolie tout le long. Plus loin, Wild Heart offrira aussi un registre très similaire.

D’autres «surprises» vont dans le sens de la musique électronique (!). On entend des tentatives peu convaincantes dans Rose of Sharon, Picture You (Marcus Mumford montre un certain talent dans ce registre, mais on trouve qu’il aurait été plus approprié de participer comme featuring sur la chanson d’un DJ que d’inclure cette piste sur l’album de son groupe!), ainsi que Darkness Visible qui prend presque des airs de morceau industriel. Forever inclut plus loin une portion avec de terribles effets dans la voix dont on aurait très bien pu se passer.

La chanson-titre Delta conclut l’album comme il a commencé : avec certains changements d’énergie qui nous font nous demander où on se dirige. Plusieurs bonnes idées, mais l’ensemble n’arrive pas tout à fait à nous convaincre!

On sort de l’écoute de cet opus avec l’impression que Mumford & Sons a mélangé trois ou quatre EP pour former un tout peu cohérent et très inégal. D’un côté, on essaie de contenter les fans de la première heure qui demandent un retour au folk, d’un autre, on veut atteindre un public plus mainstream. L’ajout d’éléments électro est peut-être la goutte de trop à l’ensemble. On parle d’un groupe qui incorporait du banjo et de la planche à laver il y n’y a que quelques années!

À coup sûr, cela ne nous semble pas être un bon album de Mumford & Sons, puisqu’on a connu ses premières années, mais quelqu’un qui découvre le groupe par cet album pourrait y trouver quelques pièces intéressantes. Il faut dire qu’il n’a jamais complètement perdu le sens des mélodies accrocheuses et des harmonies convaincantes, même si l’enrobage déçoit. Bref, un opus essentiellement à oublier pour les habitués, mais rien d’aussi désastreux que ce que bien des critiques laissaient entendre.

À écouter : The Wild, Slip Away, Wild Heart

6,8/10

Par Olivier Dénommée

Un commentaire sur « Delta – Mumford & Sons »

  1. Je trouve votre critique assez juste. J’ai découvert Mumford and Sons par cet album « Delta » qui m’a emballé. Aussi les critiques généralement peu favorables m’ont-elles surpris. J’ai alors écouté leur premier album « Sigh no more » et ai pu comprendre la déception des fans de la première heure. Certes en comparaison « Delta » peut paraître inégal, répétitif, un peu ronflant et longuet mais enfin le banjo n’est pas l’instrument ultime incontournable et je continue à trouver dans cet opus matière à me réjouir.

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