Reflektor – Arcade Fire

Arcade Fire ReflektorSorti le 29 octobre 2013

À cause du Grammy gagné en 2010 avec son précédent album, The Suburbs, le band montréalais Arcade Fire avait beaucoup de pression avec son quatrième opus, Reflektor. Mais toujours fidèle à ses habitudes, le groupe indie-rock a puisé dans diverses inspirations afin d’offrir un concept original et surprenant, faisant fi d’un succès facile. On a donc droit à un album double de 75 minutes touchant autant au rock très groovy, aux rythmes latins et bien sûr aux airs indie toujours imprévisibles. Cela donne un album éclaté et très riche. Bref, du Arcade Fire.

La vraie question est de savoir si cette audace sourit encore au groupe après quatre albums tous plus attendus que le précédent. Plusieurs écoutes sont nécessaires pour assimiler toute la richesse de l’album, qui débute sur sa chanson-titre Reflektor, d’une durée de plus de sept minutes. C’est d’ailleurs aussi son premier single, qu’il a présenté sous le faux nom de band The Reflektors. On reconnaît malgré tout la griffe Arcade Fire avec quelques lignes chantées en français. La chanson propose un sujet abstrait mais clairement pas joyeux dans les paroles. Pourtant, la musique rappelle l’esprit disco. La chanson suivante, We Exist, est déjà beaucoup plus rock et un peu plus lourde. Mais tout aussi efficace. L’énergie dégagée varie beaucoup d’un titre à l’autre. Here Comes the Night Time mets en scène une très belle énergie latine (ou plutôt, deux énergies latines). Normal Person, plus loin, a une groove presque agressive. Et on est encore que dans le premier disque, contenant sept chansons!

Le deuxième est plus expérimental au premier abord. Elle débute avec Here Come the Night Time, Pt. II, une version alternative et intensément lente de la chanson qui s’entend plus tôt dans l’opus. Cette seconde version passera assez inaperçue. S’ensuit deux chansons concept, Awful Sound (Oh Eurydice) et It’s Never Over (Hey Orpheus). Le concept ici, c’est le nom de personnages de la mythologie grecque, qui se retrouvent jusqu’à la couverture d’album, représentant eux-mêmes la statue de Orphée et Eurydice. D’ailleurs, It’s Never Over (Hey Orpheus) sonne particulièrement bien, avec son style pop semi-électronique. La piste suivante, Porno, fait hausser un sourcil en lisant le titre, mais est une composition très efficace  qui n’a rien de mauvais goût, rassuez-vous. Puis Afterlife combine quelques accents latins énergiques à de la musique indie-pop légèrement électronique. Comment ne pas taper du pied en l’écoutant? Malheureusement, la toute dernier chanson, Supersymmetry, est un peu trop expérimentale et longue, durant pas moins de 11 minutes. Le début et la fin du second disque donnent donc l’impression d’un disque lent et expérimental, alors qu’après quelques écoutes plus ciblées, on réalise la richesses des chansons au milieu.

Pour résumer l’album Reflektor, le band a fait le choix tout à fait conscient et assumé d’enregistrer des chansons généralement longues et assez complexes. Il est évident qu’elles pourront donc difficilement passer à la radio, même avec une cure d’amincissement majeure. Cela rend l’album peu accessible au grand public, quoique l’efficacité virale de sa campagne de promotion attirera les curieux à écouter quelques titres sur le web.

Audacieux, l’album Reflektor séduit déjà plusieurs fans de musique indie parfaitement à l’aise avec des chansons de six minutes et plus. Certains vont déjà jusqu’à le considérer le meilleur travail du groupe jusqu’à présent. D’autres auditeurs, un peu moins ouverts ou patients, décrocheront au début du deuxième disque, qui est un peu moins accessible que le premier. L’album n’est pas mauvais du tout, c’est la seule certitude à avoir. Mais au-delà de cela, difficile de bien juger s’il est meilleur ou pas que les opus précédents; il est juste très différent. Chaque album d’Arcade Fire va dans de nouvelles avenues et celui-ci a osé aller vers des chansons beaucoup moins accrocheuses au premier abord. C’est à la fois sa force et sa principale faiblesse face au grand public peu initié et peut-être un peu trop pantouflard pour apprécier le travail du groupe.

À écouter : Disque 1 : We Exist, Normal Person / Disque 2 : It’s Never Over (Hey Orpheus), Afterlife

8,5/10

Par Olivier Dénommée

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