Other Colors of Hekàtê – Thomas Carbou

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Sorti le 23 juin 2015

Le guitariste montréalais de jazz expérimental Thomas Carbou a fait appel à David Binney et Jim Black pour un album qui se veut un mélange entre jazz et musique du monde. Le trio offre ici des sonorités fort intéressantes qui mettent autant la guitare à huit cordes de Carbou, le sax de Binney et les percussions de Black. Un résultat impressionnant à bien des égards. Cet album est aussi une suite évidente à la trilogie Hekàtê, parue ces dernières années.

Si le début de Touareg, plutôt percussif, laisse perplexe sur la direction mélodique (quoiqu’on entend, bien malgré nous, une ligne vocale nébuleuse qui rappelle les pièces ambiantes de Tool), on se rassure rapidement avec Mademoiselle Elle. La ligne de saxophone offre une mélodie à la fois simple et mystérieuse, alors que la ligne de basse, aussi simple, s’assure de la cohésion. Ajoutons à cela des voix qui suivent la mélodie de saxophone dans la dernière portion de la pièce et le portrait est presque complet. Il est seulement dommage que la batterie se mette à jouer un peu n’importe quoi à la fin.

On réalise rapidement que l’album offre une belle succession de pièces assez mélodiques, avec, bien souvent, des portions un peu expérimentales à l’intérieur. Souvent, ces expérimentations se font dans les premières secondes, pour laisser place à la «vraie» musique par la suite. Les pièces les plus marquantes : Chercher le vent, qui, malgré un début incertain, est presque tombé dans un rock lent; Colors, avec une groove contagieuse; Curable, au build-up long mais extrêmement efficace; Nossé Effa, une pièce plus lente, plus world, qui laisse entendre une douce mélancolie à travers les rythmes plus chargés; Tribal Quest, avec une musique prévisiblement très percussive et rythmée.

La finale de l’album, Prince des Carpates, a même droit à une introduction, Carpates (intro), mettant en vedette la guitare de Thomas Carbou. On a ici droit à quelques variations dans l’énergie, alternant entre des passages discrets, voire minimalistes, et d’autres presque rock avec un «riff» de saxophone. Et le solo de guitare est particulièrement solide, même si on semble le perdre dans le mix à certains moments. En tout cas, ça marche et ça finit très bien un album chargé.

Petit bémol : certaines compositions vont quand même s’éterniser pendant plusieurs minutes pour faire place à un gros build-up, qui n’arrive malheureusement pas toujours à convaincre. De plus, les portions plus audacieuses ne plairont évidemment pas à toutes les oreilles et pourrait même, pour les auditeurs moins tolérants, gâcher l’expérience d’une musique autrement plutôt accrocheuse. Car malgré quelques passages plus corsés, l’album Other Colors of Hekàtê est presque grand public comme jazz.

Bien que l’album soit difficile à suggérer à quelqu’un qui n’a aucun intérêt pour le jazz, il risque d’intéresser bien des amateurs et même des néophytes qui montrent une ouverture pour le mélange des genres, très présent ici, mais somme toute bien dosé. Notez que quelques écoutes peuvent s’avérer nécessaires pour pleinement apprivoiser le produit, mais que l’album peut aisément s’apprécier en lui-même.

À écouter : Mademoiselle Elle, Colors, Curable

7,9/10

Par Olivier Dénommée

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