CHRONIQUE : Mundial, jour 3

Maya Kamaty au Balattou par Olivier DénomméePar Olivier Dénommée

Grosse journée à Mundial Montréal, avec sa troisième journée sur quatre. En tout, amateurs de musique du monde auront pu entendre 12 spectacles le 20 novembre, partagés entre le Divan Orange et le Club Balattou. Critique de salon a eu l’occasion d’assister à la quasi-totalité de ces vitrines.

Les après-midi gratuits : Ayrad au Divan Orange

La journée commençait avec un band que je connaissais déjà, la formation montréalaise Ayrad. Après avoir assisté au lancement du premier album du groupe, une performance de 20 minutes laissait un peu sur ma faim. Néanmoins, l’énergie et l’intensité étaient au rendez-vous et le public au exigu Divan Orange a été servi. Les gens tapaient des mains et certains se sont laissé envahir par l’envie de danser. Et que dire de la finale explosive! Ça commençait définitivement très bien ces showcases.

Ayrad par Olivier Dénommée

Karim Dabo

Après l’énergique Ayrad, on passe à un tout autre registre avec Karim Dabo, qui mélange ses influences sénégalaises (du côté de son père) à des sonorités occidentales (sa mère est Française). Cela donne une musique afro-folk-pop très douce et introspective. Chantant un peu en français mais surtout en wolof, l’auteur-compositeur-interprète était accompagné de quatre musiciens, dont la chanteuse Coline Bruniaux qui aidait au côté envoûtant de sa musique. La performance de l’artiste nous a rappelé que même si on pense à un beat énergique quand on pense à la musique du monde, ces musiques sont aussi des chants d’espoir. J’ai bien aimé cet univers et je n’hésiterais pas un instant d’aller le voir dans un spectacle complet.

Karim Dabo par Olivier Dénommée

Gypsophilia

Le band de Halifax est arrivé tout chic sur la scène du Divan Orange. Officiellement composé de sept membres, il en manquait un sur scène, mais cela ne les a pas empêché de surprendre tout le monde. Premièrement, notez que malgré le nom, le groupe est loin de se limiter à la musique gypsy. On a aussi eu droit à de fortes influences klezmer, jazz et jamaïcaines tout au long de la brève performance. Moment d’étonnement total un des guitaristes qui débarque de la scène et va danser avec le public (lire : sauter un peu partout), avant de se tenir en équilibre sur les mains pendant quelques secondes. Dommage tout s’est passé trop vite pour bien capturer le moment en photo.

Gypsophilia par Olivier Dénommée

Eliana Cuevas

La Torontoise marie très bien ses origines latines et son jazz vocal, ce qui lui a d’ailleurs mérité quelques prix de musique indépendante. Pourtant la majeure partie de la performance ne m’a pas excessivement surpris, puisqu’on est resté dans un registre assez familier (enfin, tant qu’on s’y connaît un peu en jazz latin!). Par contre, la dernière chanson complètement changé ma perception : le pianiste s’est mis à mitrailler les notes, puis Eliana Cuevas a fait de même avec sa voix. C’était impressionnant d’entendre une pièce vocale aussi technique. Mieux encore, le rythme s’est mis à accélérer encore et encore. Pas surprenant que son set se soit terminé avec cette chanson; je doute que quiconque chante ainsi ait particulièrement l’envie ni la force de continuer après! C’est avec ce souvenir indélébile que les performances de l’après-midi se sont terminées. De retour après le souper.

Eliana Cuevas par Olivier Dénommée

***

En soirée : The Dead South

En voyant arriver le quatuor de Régina, une question traverse l’esprit : a-t-on affaire à un band amish ou quelque chose dans le genre? Deux guitares, un banjo et un violoncelle (tenu comme une basse), cela donnait une belle énergie acoustique avec un folk juste un peu agressif, avec des influences bluegrass et rock. Drôlement efficace. Il devait faire chaud sur scène avec leur chapeau et leur grosse barbe, mais les musiciens n’ont pas bronché. Et lorsque les musiciens ont sorti des canettes de Pabst pour les caler pendant que le «bassiste» faisait un petit walking bass, on a compris que le look amish n’était bel et bien qu’un look. En somme, très belle performance qui nous rappelle qu’un spectacle folk peut très bien lever même sans batterie.

The Dead South par Olivier Dénommée

En soirée, on alternait de salle entre le Divan Orange et le Balattou, un peu plus loin sur St-Laurent. Pour guider le public d’un spectacle à l’autre, on a eu droit aux «Mundial Stars», un trompettiste et un percussionniste qui improvisaient de la musique en marchant sur le trottoir entre chaque show. Au fil des allers-retours, un autre percussionniste s’est ajouté au duo.

Oktopus

Le premier spectacle au Balattou était Oktopus, composé de huit membres (qui l’eut cru?). Jouant principalement du klezmer, le groupe y ajoutait diverses influences pour un résultat très réussi. En fin de prestation, l’octuor a proposé des version arrangées de pièces du classique Béla Bartók. J’avais entendu beaucoup de bien au sujet de ces jeunes musiciens et force est d’admettre qu’ils ont largement mérité le Syli d’Or de la musique du monde remporté cette année. Un band prometteur à suivre.

Oktopus par Olivier Dénommée

Beatrice Deer

La chanteuse inuit Beatrice Deer est active depuis plusieurs années, et a même reçu quelques prix. Pourtant c’était une découverte pour moi. Alors que la plupart des artistes présents au Mundial jouaient dans un style folk ou de musique du monde, Beatrice Deer et son band allaient plutôt dans un pop-rock avec des paroles en langue aborigène. Approche différente, et si ce n’était pas des paroles on aurait aisément pu la mettre à M pour Montréal à la place (autre festival de showcases en même temps que le Mundial). Bref, si le «feeling» musique du monde était moins présent, cela n’était pas moins une performance solide qui donnait envie d’en savoir plus sur l’artiste. Note en tant que photographe : c’est aisément une des personnes les plus photogéniques que j’ai pris photo durant un spectacle. Pratiquement aucun cliché d’elle n’était pas bon! Troublant.

Beatrice Deer par Olivier Dénommée

Maya Kamaty

Venant de l’Île de la Réunion, c’est une des artistes qui a voyagé du plus loin pour affronter le froid montréalais. Pourtant rien n’a pu enlever la bonne humeur contagieuse de la chanteuse qui mélange le folklore de son pays à des éléments de musique africaine et indienne à son art. Bien entourée de ses musiciens, elle a offert un spectacle où toutes les cultures se donnaient rendez-vous. Avec des chansons assez douces et ambiantes, mais aussi d’autres où ça rentre au poste. Avec son accent dans la voix, la chanteuse était bien heureuse de jouer pour «monsieur madame la société» et a insisté pour qu’on fasse abstraction de la température à l’extérieur pour profiter de la chaleur de la Réunion. Entre quelques chansons énergiques, principalement chantées en créole, et de bonnes séances de twerking (si si!), Maya Kamaty était bel et bien en sueur. Elle a lancé son premier album il y a moins d’un mois… ça mérite un coup d’œil!

Maya Kamaty par Olivier Dénommée

Samito

Samito demeure à Montréal mais conserve ses racines de la Mozambique. C’était un autre show dont on m’avait vanté les qualités et j’étais curieux d’entendre le résultat. Avant de commencer, y a eu un bref speech d’Ivan Duran, gérant de l’artiste, qui a expliqué le son qu’on allait entendre. Pas tout à fait africain, pas tout à fait occidental, on a affaire ici à un mélange d’afro acoustique et de beat électronique comme on en entend peu. Le genre de sons qu’on ne peut entendre qu’à Montréal, selon lui. Effectivement, difficile de mettre le doigt sur l’influence principale de l’artiste, si ce n’est que plusieurs sonorités funky m’ont rappelé du Herbie Hancock. À l’avant, une ligne de musiciens avec un excellent guitariste qui a offert quelques solos. Et la jolie chanteuse/danseuse qui apportait une touche de douceur à la voix de Samito. À l’arrière, le batteur et le DJ qui apportait la touche électro du spectacle, somme toute assez modérée. C’était juste parfaitement groovy, autant dans un registre plus pop-rock que reggae. Un autre artiste en pleine montée à surveiller de près, d’autant plus qu’un album s’en vient prochainement.

Samito par Olivier Dénommée

Sofia Rei

De retour au Balattou, c’était la chanteuse new-yorkaise qui nous attendait. Entourée de ses musiciens d’un peu partout à travers le globe, c’était une musique très métissée qu’elle présentait au Mundial. Mélangez ses origines argentines à des rythmes d’Afrique et de la Jamaïque, avec des éléments tantôt jazz, tantôt folk, et cela donne ce qui s’est retrouvé dans nos oreilles. Un beau mélange qui donnait clairement envie d’en entendre plus.

Sofia Rei par Olivier Dénommée

The Steady Swaggers

Mon dernier spectacle de la soirée était avec ce trio folk (contrebasse-guitare-batterie) réputé pour être particulièrement déjanté. Habillés sobrement, les musiciens ont lancé une pique à leur réputation d’être des «pirates» à cause d’un de leurs vidéoclips. Après écoute de leur musique folk agressive avec une voix éraillée et les thématiques alcoolisées, effectivement j’entendais des parallèles avec des bands comme Swashbuckle et Alestorm. La performance des Steady Swaggers s’est passée beaucoup trop vite et le public est passé près de faire un moshpit même si la musique ne s’y prêtait pas tant que ça. Le band a fini avec une chanson au refrain beauuuuucoup trop accrocheur. Au point où quelques minutes après la fin de la chanson, le public continuait à chanter en boucle le refrain. C’était parfait.

The Steady Swaggers par Olivier Dénommée

Il restait un seul spectacle à cette soirée, celui de Romain Malagnoux. Par contre, comme les performances étaient en retard, il se faisait très tard et la journée avait été épuisante, car oui, c’est éprouvant découvrir des artistes pendant toute une journée.

Le quatrième et dernier compte rendu du Mundial ici.

(Crédit photos : Olivier Dénommée)

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s